LA FÉODALITÉ
et à cause de cela beaucoup de ducs et de comtes de l'autre côt6 de la Loire, et même plusieurs de ceux de Neustrie, refusèrent de lui obéir; mais comme il possédait un grand nombre de châteaux forts, et des domaines fort étendus, un évêque lui plaça la couronne sur la tête, et il est mis ordinairement au nombre des rois de France.
Or, les seigneiuB de Neustrie qui avaient refusé de se soumettre au comte Eudes, se souvinrent tout à coup qu'il existait encore un prince de la famille de Charlemagne, qu'ils proclamèrent roi de France, sous le nom de Charles III, dit LE Simple.
Charles III était le plus jeune frère des roî^ Louis III et Carlctoan, et ce fut lui qui, pour mettre un terme aux ravages des hommes du Nord, leur abandonna cette belle province à laquelle ils ont donné leur nom, et dont faisait alors partie le pays des Bretons. Bollon, duc des Normands, après s* être fisuit baptiser, reconnut même le roi des Français pour son suzerain.
Or, il était d'usage d'observer, en pareil cas; certaines cérémonies auxquelles le chef barbare eut bien de la peine à se soumettre ; il fallait d'abord que le vassal mît ses deux mains dans celles de son seigneur, pour lui témoigner qu'il renonçait à faire usage de sa force, sans sa permission. KoUon fit d'abord quelques difficultés de consentir à cet arrangement, mais ce fut bien pis encore, lorsqu'on lui apprit qu'il fallait qu'en signe de soumission, il fléchît un genou devant le roi frank, et même lui baisât le pied. Pour cette fois, le Barbare se refusa absolument à ce cérémonial humiliant, et tout ce que Von put obtenir de lui, fut
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de ohaiger un de ses officiers d'accomplir cette formalité, n désigna donc pour cet office un Normand de sa suite, dont la taille était si élevée et Thumeur si insolente, qu'au lieu de se baisser, cet homme grossier saisit rudement le pied du monarque, et le leva si haut qu'il le fit tomber à la renverse. Cette chute, dans une occasion si solennelle, fut considérée comme un £àcheux augure, qui ne tarda pas à se vérifier, car le sort de Charles devint bientôt Tun des plus déplorables qu'un roi puisse encourir.
En effet, les seigneurs neustriens qui l'avaient élevé au trône, s^apercevant de sa faiblesse, se déclarèrent contre lui dans une assemblée, et rompirent en sa présence des brins de paille, pour signifier qu'ils se brouillaient pour toujours avec lui. Ce fat même à cette occasion que Charles, qui n*eut pas la force de les faire rentrer dans le devoir, reçut le surnom de Simple, qui lui est resté.
Peu de temps après, ce pauvre monarque, réduit à la seule ville de Laon, Tune des plus fortes de France, et dont il était le seigneur, tomba, ainsi que sa ville, au pouvoir de ses ennemis, qui lui firent passer dans une prison la plus grande partie de sa vie.
Les mutins auraient bien voulu aussi se saisir de la reine, femme du roi captif, et de son fils Louis, alors âgé de trois ans seulement; mais cette princesse, avertie de leurs desseins, trouva moyen de s'embarquer sur un navire qui les conduisit en Angleterre, où ils n'eurent plus rien à craindre de leurs ennemis.
Après cela, les seigneurs firançais, qui commençaient à prendre l'habitude de faire et de défaire des rois, oonduifàrcnt dans la cathédrale de Eeim«
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un frère du comte Eudes qui venait de mourir, et obligèrent l'évêque à sacrer ce nouyeau monarque sous le nom de Robert I* ; mais ce prince ne jouit pas longtemps de cette élévation; il fut tué dans une bataille, et Charies le Simple, délivré par cet événement, sembla n'avoir été tiré de captivité que pour mourir en liberté, car il ne survécut que peu de mois à ce nouveau jeu de son inconstante fortune.
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LES DERNIERS KAROLINGa Depuis Van 936 jusqu'à Van 987.
Je ne sais, mes jeunes amis, si dans les histoires que je viens de vous raconter, vous ave» remarqué que je me suis servi plusieurs fois du mot de France, pour exprimer le pays nommé auparavant la Gaule ; c'est qu'en effet depuis le règne de Louis le Débonnaire, les Franks, les Boiir* guignons, les Gaulois, les Visigoths et tous les antres peuples, qui depuis si longtemps occupaient ce territoire, avaient cessé de se distinguer entre eux par leurs noms particuliers, pour ne plus former qu'une seule et même nation, un seul et même peuple, auquel on a donné le nom de Français.
Déjà, d'une extrémité à l'autre de l'ancienne Gaule, on ne parlait plus qu'un seul langage, appelé langue romane, et formé du mélange du latin avec la langue teutonique des Barbares. Cette circonstance est fort remarquable, parce que c'est de cette langue romane qu'est venue, avec id temps, celle qui se parle aujourd' hui en France.
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Ce fut dans la province de Nenstxie, où les Franks étaient les plus nombreux, que le nouveau roman prit naissance; mais insensiblement il se répandit dans toutes les provinces de l'ancienne Gaule, excepté pourtant en Bretagne, dont les ha* bitants conservèrent toujours un idiome particulieri que Ton croit être Tancienne langue celtique.
Cependant, sous les derniers Karolings, la langue romane n'était pas encore adoptée par toutes les classes de la nouvelle nation française ; les princes surtout conservaient obstinément leur langage germanique; les évêques, dans leurs assemblées, ne voulaient employer que le latin ; mais les seigneurs et le peuple en général ne parlaient que le roman.
Pendant que Charles le Simple était retenu en prison, les plus puissants seigneurs du royaume, parmi lesquels on distinguait Hugues le Blakc, comte de Paris, et possesseur de beaucoup d'autres seigneuries, jugèrent à propos d'appeler au trône Tun d'entre eux, nommé Raoul, duc de Bourgogne, qui avait épousé la fille du roi Robert I^.
Ce Raoul, comme son beau-père, n' était point de la famille des Karolings, mais ce fut précisément pour, cette raison que les seigneurs français le portèrent au trône. Depuis que l'on s'était aperçu que les descendants de Charlemagne affectaient de conserver leur langue barbare, la nouvelle nation ne les voyait plus qu'avec défiance, et leur reprochait de se regarder plutôt comme les princes des Germains, que comme ceux des Français. Le roi Raoul était pieux, sage et généreux; et satisfait d'être un des plus puissants suzerains de France, il n'ambitionnait point cette couronne qui avait causé le malheur de ta"
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d'antres ; mais il céda anx instanoes de Hi^piw le Blanc, son bean-frère, et accepta la royan^
Vous allez me demander pent-étre pourquoi le comte Hugues était ainsi surnommé le Blanc, et vous aurez raison de trouver ce surnom fort extraordinaire; mais il le reçut, dit-on, à caoae de la couleur de son armure, par laquelle il se faisait distinguer dans les batailles, où chaque seigneur adoptait ordinairement une couleur particulière, pour que chacun pût le reconnaître.
Raoul ne vécut que peu de temps, et la plupart des Français pensèrent que Hugues Yonàiaii être roi à son tour ; mais il s'en fallait bien que cette dignité parût digne d'envie au comte de Paris; et ce fut lui, an contraire, qui proposa aux seigneurs assemblés, d'offrir la royauté au jeune fils de Charles le Simple, que sa mère avait autrefois conduit en Angleterre.
Plusieurs seigneurs français s'embarquèrent donc pour cette contrée ; et comme le jeune Louis était encore de l'autre côté du détroit qui sépare les deux pays, lorsqu'il fut proclamé roi de France, on lui donna le nom de Louis IV, ou d'ouTBE- MER, sous lequel il est connu dans 1* histoire.
Hugues le Blanc se rendit avec beaucoup d'autres seigneurs sur k rivage, où le nouveau monarque devait débarquer, et l'accompagna en grande pompe dans la ville de Laon, où il fut. sacré roi de France.
Or, c'était justement dans cette même ville, transformée à cette époque en capitale du royaume, parce qu'elle était la seule qui restât à la famille des Kàrolings, que Charles le Simple avait passé, captif, la plus grande partie de son existence, et
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.le choix de cette résidence ne fut point heureux non plus pour son successeur.
Louis lY, qui n'avait que treize ans lorsqu'il fut ainsi appelé au trône, consentit d*abonl à suivre les conseils de Hugues, et il fit bien, parce qae cet homme puissant avait bien plus de talent et de sagesse que lui; mais ensuite, il eut la mau- ▼oifie idée de se conduire par lui-même, et commit de très^grandes fautes, qui lui attirèrent bien des infortunes. C'est ce qui arrive le plus souvent aux jeunes gens, assez imprudents pour ne pas consulter ceux dont l'expérience peut leur être utile, n eut de plus le tort de se brouiller avec le vaillant Hugues. Celui-ci, outré de son ingratitude, Tabandonna au pouvoir des Normands et des autres ennepiis de la race karolingienne ; il %ài même passé sans doute, comme son père, la plus grande partie de sa vie dans une étroite prison, si la reine Gerberg, sa femme, qui était la belle-sœur de Hugues, n*eût supplié ce seigneur de Tarracher au triste sort qui le menaçait.
On ne sait pourtant pas ce qui serait arrivé, à la fin, à ces deux princes, entre lesquels se divisaient les seigneurs français, parce que Tun leur représentait le rejeton de T illustre dynastie des Earolings, tandis que Tautre était à leurs yeux le chef de la nouvelle nation française, lorsque Louis d'Outre-mer, étant un jour à la chasse dans une forêt des environs de Beims, fit une chute de cheval, et mourut au bout de peu de jours.
Pour cette fois encore, tout le monde pensa que Hugues le Blanc allait mettre sur sa tête la couronne de France; mais ce grand homme
aimait mieux faire des rois que de l'être lui-m^
110 LES DERNIERS KAROLINGS.
et con?me Louis lY avait laissé deux fils en bas âge, nommés Lothaire et Charles, il conduisît lui-même à Beims Taîné de ces princes, et le fit sacrer roi des Français.
Ce fut la dernière action que fit Hugues le Blanc, avant sa mort: ce vaillant prince tomba malade, quelque temps après, et laissa sa puissance à ses trois fils, dont Taîné, Hugues, duc de France et comte de Paris, comme son père, fut surnommé Capitou ou Capet, ce qui voulait dire alors homme de tête et de cœur.
Tant que Charles, ce jeune frère du roi Lothaire, auquel Hugues le Blanc n'avait point songé dans le partage du royaume, ne fut qu'un enfant, il ne pensa pas à être jaloux de ce que la royauté avait été donnée tout entière à son aîné; mais lorsqu'il fut devenu grand, il devint envieux de l'élévation de son frère, quoique la puissance de celui-ci fût, comme celle de ses prédécesseurs, environnée de mille périls.
Charles s'en alla donc à la cour d'OTHON, roi de Germanie, qui était un de ses cousins, et là il fit tant par ses discours, que ce prince déclara la guerre à Lothaire, et s'avança aux portes de Paris, avec une armée considérable; il monta même sur les hauteurs de Montmartre, pour apercevoir cette grande ville, dont il aurait bien voulu s'emparer ; Liais il n'alla pas plus loin, et se retira, en disant qu' il n' était venu en cet endroit, que pour faire chanter par son armée une messe que Ton pût entendre de l'église Notre-Dame, qui est la cathédrale de Paris.
Vous ne croyez pas, sans doute, que le roi Othon fût venu de si loin avec soixante mille
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0o1dats, potir faire chanter une messe, comme le disait ; et en effet, il ne se serait point éloigné avec tant de précipitation, s'il n'avait appris qne Lothaire et Hugues Capet, ayant réuni leurs troupes, s'avançaient pour le combattre.
Le roi des Germains n'eut donc que le temps de se retirer en toute hâte ; mais battu peu de jours après par les Français, au passage de la rivière d'AiSNE, auprès de Boissons, il ne dut son salut qu'à une trêve que lui accorda le roi Lothaire, qui ne voulait point la perte de son eouBÎn.
Cette modération de Lothaire irrita les sei« gneurs français, qui lui reprochèrent, comme ils Pavaient déjà reproché à son père et à son aïeul, d'être plus Germain que Français. Un grand nombre de seigneurs qui lui avaient été fidèles jusqu'à ce jour, se tournèrent du côté de Hugues Capet, et on put prévoir, dès ce moment, que la dynastie des Karolings touchait à sa fin.
Lothaire ne survécut que quelques aimées à ce mécontentement général de la nation, et lorsqu' il mourut, empoisonné, dit-on, par la reine Emma sa femme, peu de Français le regrettèrent. Son fils, Louis y, surnommé le Fainéant, lui succéda ; mais ce prince, infirme de corps et d'esprit, mourut après un règne de deux ans seulement, et dans sa personne s'éteignit, en France l'illustre famille dont Charlemagne avait été le père.
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112 l'excommunication.