‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 27 sur 87 · LA TRÊVE DE DIEU · texte numérisé non relu

LA TRÊVE DE DIEU

ecclésiastiqnes, pour remédier aux malheiirs de ces combats désastreux, que Ton appelait guerres PRIVEES, parce qu'elles avaient lieu entre particuliers. Ces saints personnages, dans Vespoir d'effrayer les seigneurs les plus turbulents, menacèrent ceux qui s'engageraient désormais dans ces entreprises criminelles, de les excommunier, eux et leurs soldats, et de maudire leurs cbevaux, leurs armes, et tout ce qui leur appartiendrait: des prêtres, par leur ordre, parcoururent les campagnes, tenant en main des cierges allumés, qu'ils renversaient ensuite, et éteignaient en présence du peuple assemblé, qui s'écriait: Ainsi s'éteigne la joie de ceux qui ne veulent pas la paix et la justice 1... Les pieux efforts des évêques furent enfin couronnés de succès.

Cette suspension de désordres fut appelée la PAIX DE Dieu, parce que c'était au nom de Dieu qu'elle était ordonnée. Les seigneurs les plus mutins n'osèrent pas d'abord s'y refuser, dans la crainte de la terrible excommunication dont ils étaient menacés; ils jurèrent au pied des autels de ne plus incendier les monastères; d'épargner les pauvres paysans, et de ne plus détruire les charrues et les autres instruments de labourage ; mais au bout de quelques années, comme il n'existait alors d'autre moyen que la force pour se faire rendre justice, puisque le roi n'était pas plus puissant que les autres seigneurs, et que personne, hors du duché de France, ne lui obéissait, il fut décidé d'un commun accord, avec la permission des conciles, que lorsqu'il s'élèverait quelque querelle entre eux, iis pourraient se battre pendant trois jours et deux nuits de chaque semaine. Ces

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jours-là, personne n' était assez hardi pour se montrer sur les chemins, ni pour aller travailler dans les champs, de peur de tomber au pouvoir des gens de guerre des seigneurs.

Cette nouvelle coutume fut appelée la tsèvs DE Dieu ; mais il s'en fallut bien qu'elle fât observée dans tous les pays de Tancienne Oaola. Le roi Henri 1^ surtout, s'opposa à ce qu'elle fut accueillie dans son duché de France, prétendant qu'à lui seul, en qualité de roi, appartenait le droit de contenir dans Tobéissance les vassaux de ses domaines ; mais comme ses vassaux ne le craignaient guère, le peuple n'y gagna rien, et continua d'être opprimé.

Cependant, il faut que je vous dise que du temps de Henri I^, on remarquait déjà que les seigneurs français devenaient moins grossiers et moins méchants; il j en avait même parmi eux qui s'engageaient par serment à ne jamais faire de mal aux pauvres, à protéger les veuves et les orphelins, et enfin à défendre les dames et les gens d' église qui réclameraient leur secours ; ils faisaient ce serment au pied des autels, avec de certaines cérémonies, dont je vais tâcher de vous donner une idée; et on leur donnait le titre de CHEVALIERS, parcc qu'ils ne combattaient jamais qu'à cheval, et couverts d'une forte armure de fer.

Le jeune homme qui avait mérité par son courage et par sa bonne conduite, d'être fait chevalier, était obligé, vêtu d'un habit blanc, de passer en prière, dans une chapelle, toute la nuit qui précédait le jour où il devait être reçu. On appelait cela la veille des armes, et le pos-

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tulant, les mains jointes, se mettait dérotement à genoux devant une image de la Vierge, pour lui demander la grâce de bien vivre et de bien mourir.

Dès que le jour paraissait, des prêtres, après lui avoir donné la communion, le revêtaient d'une robe rouge, pour lui apprendre qu'il devait être prêt à verser tout son sang pour le service de l'Église; ils le conduisaient ensuite devant un ancien chevalier, que Ton appelait son parrain, qui lui donnait rACOOLADE, c'est-à-dire, qui l'embrassait, après lui avoir administré * trois petits coups de plat d' épée sur les épaules, et un petit soufflet sur la joue, ce qui signifiait qu'il était obligé de tout endurer pour tenir son serment. Après cela, le parrain remettait au nouveau chevalier une épée bénite, et lui chaussait des éperons dorés, afin qu'il n'oubliât pas qu'il devait toujours être disposé à courir partout où ses nouveaux devoirs l'appelleraient.

Les chevaliers étaient ordinairement suivis à la guerre, et servis dans leurs châteaux, par des jeunes gens qui aspiraient aussi à devenir chevaliers; ils devaient aider leur seigneur à mettre et à ôter sa pesante armure, à monter à cheval, et ne jamais le quitter dans les combats. Ces jeunes gens portaient le nom d'écujers ou de

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