‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 28 sur 87 · VARLETS · texte numérisé non relu

VARLETS

Gomme la cérémonie que je viens de vous raconter se pratiquait toutes les fois que l'on jecevait un nouveau chevalier, vous ferez bien de vous en souvenir, et vous verrez plus tard que des rois mêmes s'honorèrent de recevoir ce titre.

Henri I^, avant sa mort, eut soin que son ^^

122 LA PREMIERE CROISADB.

aîné, nommé Philippe, fût sacré à Eeims, comme lui-même l'avait été. Le jeune monarque, dont la puissance ne s* étendait pas encore au delà du duché de France, prit le nom de Philippe I®% et je vous raconterai une histoire intéressante sur un événement qui se passa sous son règne.

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D^uis Van 10Q9 jusqu'à Van 1108.

Du temps de Philippe I®'^, on rencontrait sur les chemins beaucoup de gens qui, portant un grand chapeau rond et une longue robe, sur laquelle étiiient attachés des coquillages, s'en allaient, eu priant Dieu, et un bâton blanc à la main, faire un long voyage pour visiter le saint sépulcre de Jérusalem, c'est-à-dire, le tombeau de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

Ces gens, que Ton nommait Pèlerins, parce que leur voyage était un pèlerinage, devaient rester plusieurs mois en route, avant d'arriver à cette contrée lointaine, et ils avaient à traverser un srand nombre de pays barbares, où les attendaient les pliis grands d^gers ; mais ils espéraient que Dieu ne les abandonnerait point dans cette entreprise, et qu'il ne permettrait pas aux Sarrasins de les tuer, ni de les réduire en esclavage.

Les Sarrasins, que nous connaissons déjà, étaient les maîtres de Jérusalem, et comme ils haïssaient les chrétiens, ils maltraitaient les pauvres pèlerins, et leur faisaient souffrir mille tourments aâreux.

n y eut nn homme, appelé Pierre l'Ermite, qnî entreprit comme tant d'autres le pèlerinage de Jérusalem; et lorsqu'il revint en France, il raconta d'une façon si touchante les maux que les pèlerins avaient à souffrir dans leur voyage, que les larmes venaient aux yeux de tous ceux qui écoutaient ses récits.

Pierre V Ermite était ainsi nommé, parce qu'avant d'aller visiter la terre sainte, il avait vécu pendant plusieurs années dans un ermitage, c'està-dire, dans une petite maison isolée, que l'on plaçait ordinairement au milieu des bois, ou sur de hautes montagnes. Personne ne doutait que Pierre ne dît entièrement la vérité.

Pierre, à son retour de Palestine, avait d'abord pa8«é à Rome, où le pape, après l'avoir écouté attentivement, lui avait permis d'engager les rois et les seigneurs chrétiens à réunir leurs soldats, pour aller chasser les Sarrasins de Jérusalem, et leur arracher le tombeau de Jésus- Christ.

H fallait voir ce petit vieillard, dont les yeux semblaient éclater d'une foi ardente, parcourir successivement r Italie et la France, et s'adresser tour à tour aux peuples, aux seigneurs, aux évêqucs, aux rois eux-mêmes, en les suppliant de ne point abandonner les malheureux pèlerins à l'insolence des infidèles, ni le saint sépulcre à leurs profanations; partout, sur son passage, la foule s'assemblait pour l'entendre, et les princes eux-mêmes ne pouvaient se défendre d'im profond respect.

Alors un nombre infini d'hommes, de femmes et d'enfants de tous les pays chrétiens, suivirent Pierre l'Ermite, qui leur promit de les conduire à Jérusalem. Tous ces gens-là se mettaient o*^

route, en criant: Dieu le veut; et on les nomma CROISÉS, parce qu'ils portaient sur T épaule une croix d'étofife rouge, et Ton donna à leur entreprise le nom de croisade.

Je ne vous raconterai pas tout ce que cette multitude de croisés eut à souffrir avant d'arriver à Jérusalem ; il vous suffira de savoir qu'ils éprouvèrent toutes sortes de maux, pendant plus d'une année que dura leur voyage, et que la plupart d'entre eux périrent sans avoir atteint le but de leur dévotion; car ceux qui ne moururent paa de faim ou de misère, furent presque tous tués ou pris par les Sarrasins, qui eiurent la barbarie de crever les yeux à beaucoup de ces malheureux.

Cependant, une armée de croisés conduite par un seigneur français, nommé Godefroi de Bouillon, s'empara enfin de Jérusalem, et ils oublièrent tous leurs maux, quand ils se furent prosternés devant le saint sépulcre, dont Godefroi conserva la garde, sous le titre de roi de Jérusalem.

Lorsque vous lirez des livres plus savants que celui-ci, vous entendrez beaucoup parler des croisades, qui forment dans l'histoire de l'Europe une époque fort remarquable ; et comme il y en a eu plusieurs après celle-ci, vous ferez bien de ne point oublier que la première de toutes eut lieu dans le temps de Philippe I**.

Plusieurs années après cette expédition, on voyait en France, et dans les autres pays de l'Europe, des croisés qui allaient dans les campagnes et dans les châteaux, raconter en chantant ce qu'ils avaient vu en Palestine, et l'histoire des nobles seigneurs qui y avaient combattu.

Ces chanteurs s'appelaient des ménestrels, et

l'affranchissement des communes. 125

fls étaient bien reçus dans les maisons où ils se présentaient, parce que chacun leur demandait des nouvelles de ses parents et de ses amis, qui étaient partis pour la terre sainte, et n'en étaient point revenus. On leur offrait un bon souper et un bon lit, et Ton croyait que recevoir ainsi les ménestrels, portait bonheur à la maison.

D'autres gens encore, qui revenaient aussi de la Palestine, ramenaient des singes, des ours et divers autres animaux, dont ils amusaient les passants, pour gagner leur vie. Ceux-là s'appelaient des . JONGLEURS ; et le roi Philippe I®*" ordonna que lorsqu'un jongleur se présenterait pour entrer à l'une des portos de Paris, il serait obligé de faire danser son singe devant le portier, au lieu de lui payer une pièce de monnaie, comme c' était alors la coutume.

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