‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 36 sur 87 · MARIE DE BRABANT · texte numérisé non relu

MARIE DE BRABANT

Depuis Van 1270 jusqu'à Van 1286«

Écoutez bien à présent, mes jeunes amis, ce qui arriva dans ce temps-là au roi PmupPE III4 que Ton a surnommé le Hardi, à cause de son audace peu commune à la guerre.

Ce prince avait été marié dans sa jeunesse à une sage et vertueuse princesse, qui mourut bientôt, en lui laissant un fils nommé Louis, que le roi aimait tendrement, parce que tous les traits de cet enfant lui rappelaient ceux de sa pauvre mère.

Cependant, après bien des aimées de veuvage, ]8S amis du roi rengagèrent à prendre une autre femme, avec laquelle il pourrait encore passer une vie douce et exempte de peines; en même temps,- ils lui parlèrent d'une belle princesse, qui avait nom Marie, et qui était la sœur du duc DE Bradant, Tun des plus puissants voisins du roi de France.

En effet, Marie de Brabaat était encore meiU leure qu'elle n' était belle, quoiqu'on parlât depuis longtemps à la cour de France de ses cheveui d'or et de ses doux yeux ; aussi, dès que Philippe eut appris tout le bien qu'on disait d'elle, il ne voulut plus avoir d'autre femme, et plaça sur sa tête la couronne royale.

Alors il y eut à la cour des fêtes magnifiquesi des jeux de toute espèce, et des festins splendides ; on distribua au peuple plus de largesses et d'aumônes qu'on ne l'avait fait depuis bien long-

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temps, et chacun bénissait la jeilne reine, dont les premiers pas en France étaient marqués par tant de bienfaits.

Or, le roi Philippe le Hardi avait auprès de lui un homme qui se n<Hnmait Pierre Labrosse.

Ce Pierre Labrosse avait été autrefois le barbier de saint Louis, et, selon l'habitude de ces sortes de gens, en rasant son maître, il lui débitait, pour l'amuser, toutes les nouvelles qu'il avait pu ramasser par la ville.

Cet homme avait beaucoup d'esprit et d'adresse ; et Philippe qui le connaissait depuis son enfance, s' était si bien accoutumé à ses manières et à son langage, qu'il ne voulut plus que Labrosse continuât à lui faire la barbe, et le barbier, transformé en favori du roi, devint bientôt un très-grand seigneur.

Cependant, cet homme, qui paraissait à Philippe d'un caractère si enjoué et d'un esprit si aimable, cachait sous ces dehors séduisants une âme scélérate, et un cœur profondément méchant; ce misérable devint jaloux de l'afifection que le roi portait à sa jeune épouse, Marie de Brabant, dont il préférait la conversation et la société à celle de son ancien favori, et il n'en fallut pas davantage jx>ur que Labrosse cherchât à perdre cette bonne et vertueuse princesse.

Or, il arriva que le jeune Louis, cet enfant que le roi Philippe aimait tant, mourut presque subitement, sans que Ton pût savoir à quelle maladie il avait succombé ; et Labrosse se rendant secrètement auprès du monarque, encore plongé dans la stupeur d'une si grande perte, lui fît entendre par ses discotirs perfides, que la

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reine avait empoisonné son fils pour assurer à ses propres enfants la couronne qui aurait dû appartenir à ce jeune prince- Une si horrible découverte jeta le roi dans une étrange perplexité; ce malheureux père ne pouvait croire que Marie fût coupable d'un si grand crime, elle qui avait toujours témoigné tant d'affoction au pauvre Louis, qu'elle pleurait sincèrement ; et pourtant la mort inopinée de son cher enfant lui paraissait inexplicable.

Alors le perfide Labrosse fit usage des moyens les plus odieux pour qne Philippe ajoutât foi à ses calomnies; comme il prétendait aussi être médecin, il fit apporter devant le roi le corps du petit prince, et se plut à faire remarquer à ce père infortuné des taches livides, qu'Û assurait être des traces de poison.

Ce ne fut pas tout encore ; il vint un homme qui déclara que la veille de la mort du jeune Louis, la reine avait été aperçue pendant la nuit, dans un appartement écarté du palais, préparant des plantes dont Tusage était inconnu; cela n'était certainement pas vrai; mais ce misérable avait été corrompu par l'or de Labrosse, pour rapporter au roi cette infâme calomnie.

Cependant, malgré le doute afireux dans lequel le roi flottait encore, Marie avait été plongée dans une obscure prison, d'où elle ne devait plus sortir que pour être brûlée vive comme empoî- BOimeuse, à moins que quelque chevalier n'eût la générosité de venir la défendre de son épée; car vous savez que les chevaliers étaient obligés par leur serment, de secourir les faibles et les opprimés; de sorte que cette femme infortunée

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n'eût pas évité cet affireux supplicoi A le duc de Brabant, son frère, ne se fût présenté lui-même pour la défendre.

La reine fat donc sanvée d'nn si grand danger, et tout le peuple, qui ne pouvait la croire coupable, se livra aux transports de la joie la plus vive. Mais ce n'était point assez pour elle de vivre, si Philippe pouvait encore la soupçonner d'avoir causé la mort de son enfeuit, et elle demeurait inconsolable de T imposture atroce dont elle avait été victime.

A cette époque, mes jeunes amis, où beaucoup de gens en France étaient encore ignorants et crédules, il y avait dans une viUe de Flandre une vieille femme qui, dans les pays voisins, passait pour découvrir les secrets les plus cachés, et les mystères les plus impénétrables. On la nommait la BiouiNE DE Nivelle, et elle demeurait habituellement dans im vieux clocher, ouvert aux q[uatre vents, où les corneilles et les ramiers qui partageaient sa retraite aérienne, étaient les seuls êtres vivants dont elle voulût bien supporter la compagnie.

Marie avait souvent entendu parler de la Béguine de Nivelle, et dans son désespoir, elle imagina de supplier le roi d'envoyer auprès de cette femme habile quelques-uns de ses meilleurs serviteurs, pour lui demander ce qu'il fallait croire des accusations qui avaient été portées contre la reine. Philippe, qui ne souhaitait rien tant au monde que de voir sa chère Marie complètement justifiée, consentit avec joie à cette nouvelle épreuve, espérant enfin par ce moyen découvrir la vérité tout entièire.

I GO MAm^ PP B^ÀBANT.

Pierre Labrosse, comme vous pouvez croire, eûj; bien voulu que la bonne vieille gardât le silence, car il savait que le roi ne lui pardonnerait jamais pon atroce calomnie ; mais il ne put empêcher que les envoyés de Philippe ne se missent en route pour Nivelle, où ils tfouyèrent; ai^sémept la retraite de la Béguine..

Du plus loin que la devineresse les aperçut, sans leur demander le sujet de leur visite, elle s'écria qu'ils se hâtassent de dire au roi qu'il avait été trompe, et que Jd!arie de Brabant n'avaijt jamais été coupable du crime dont on l'accusait; mais elle ne fit ppiut connaître le calomniateur.

Ces bons seryiteurs s'en retournèrent donc ai^ plus vite, et Philippe fut dans une joie extrême, jen entendant cette réponse. Le fourbe Labrosse feigni]t de ee réjouir avec lui, et dans toute 1^ Aouf il p'y eut que Jlarie qui, plongée dans une l^pstesse que rien ne pouyait distraire, passait les jours et les nuits à prier Dieu de faire connaître ,à la fois son innocence et l'auteur de tous see maux. Les vœux de cette bonne princesse ne tardèrent pas à être exaucés.

A quelque temps de là, un étranger dont on ne put jamais savoir le nom iii le pays, vint apporter Ji Philippe une lettre xju'un voyageur mourant l'avait chargé de remettre entre les mains du roi seul ; cette lettre apprenait au monarque toute la trahison de son favori, et je vous 'laisse à penser quelle fut l' indignation de ce prince, lorsqii' iji xîonnut quelle trame odieuse l'infâme Labrosse Avait ourdie. Dans sa juste colère, il ordonna aussitôt que ce scélérat fût pendu comme un méprit et un malfaiteur; et la bonne reine, pleine.-

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