‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 38 sur 87 · LES VÊPRES SICILIENNES · texte numérisé non relu

LES VÊPRES SICILIENNES

L'an 1286.

Pendant que le roi Philippe le Hardi régnait en France, il se passa dans V île de Sicile un événement que je ne dois pas vous laisser ignorer.

Charles d'Anjou, frère de saint Louis, avait autrefois conduit dans cette île une armée française, à l'aide de laquelle il avait fait la conquête du royaume de Naples, dont la Sicile faisait partie. Ce prince, aussi généreux que vaillant, accorda de si grandes récompenses aux soldats français qui l'avaient suivi, que beaucoup d'entre eux, renonçant à leur patrie, résolurent de s' établir dans un pays où ils avaient été si bien traités.

Malheureusement, la plupart de ces soldats étaient des hommes grossiers, fiers et insolents, qui crurent avoir le droit de mépriser les Siciliens parce qu' ils les avaient vaincus ; • mais ceux-ci, dont le caractère est sournois et vindicatif, supportaient avec peine que la présence de ces étrangers leur rappelât sans cesse leur défaite. Plu-

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meurs des piineipaux seigneurs du pays, parn^ lesquels, se faisait remarquer Jean Procida, de Tune des plus illustres familles de Sicile, ne cessaient d'ailleurs de susciter de tous côtés des ennemis aux Français, et d'entretenir parmi la populace Tespoir d'une prochaine délivrance.

Or, vous saurez que la capitale de la Sicile est la ville de Palerme, et qu'à cette époque un grand nombre de Français s'y étaient établis.

Un jour de Pâques, dans le moment même que sonnaient les cloches des vêpres, un soldat français, pris de boisson, maltraita dans une rue de Palerme une jeune fille, qui appela les passants ^ son secours ; et le peuple ameuté, se jetant sur cet homme, le mit en pièces. Jusque-là cette venr geance paraissait légitime, puisque ce méchani soldat avait commis une très-mauvaise action, e» insultant cette pauvre fille; mais le peuple fur rieux ne s'en tint pas là.

Pendant que les cloches des vêpres retentîsr saient encore dans Palerme, tous les Français établis dans cette ville furent égorgés, sans disr tinction d'âge ni de sexe, et la multitude en furi^ ne s'arrêta que lorsqu'elle ne trouva plus de vio times. Un seul Français fut sauvé, parce qu'M était si honnête homme, (jue personne n'osa lui faire le moindre mal.

Dès que ce massacre fut connu dans les autri^s villes de Sicile, le même sort devint le parta:^e de tous les Français, contre lesquels Procida excitait la fureur du peuple. Cette épouvantable boucherie reçut le nom de Vêpres siciliennes, et le nombre des malheureux qui périrent dans ce massacre s'éleva, dit-on, à plus de huit mille.

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Philippe le Hardi ne fut pas maître de sa don- Jeur et de son ressentiment, lorsqu'il vit son onde, tJharles d'Anjou, dépouillé de cette couronne qui venait de coûter la vie à un si grand nombre de Français; il se disposait m.éme à conduire une armée formidable contre le roi d'Espagne, qui s' était déclaré pour Jean Procida et les égorgeurs de PalermCj lorsqu'il mourut de maladie, dans un jàge encore peu avancé.

Philippe, son fils aîné, Âgé de dix-sept ans, /nonta sur le trône à sa place, et on le nomma JPhiuppe IV, ou Philippe le Bel, à cause de la Jbieauté de son visage, ejt de la noblesse de sa tailW.

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LES TEMPLIEKS, Depuis Van V2^^jusqu^à Van 1315.

-Quoique Philippe le Bel fût encore bien jeune, lorsque la couronne lui échut eir partage, il an- |3onçait d^jà tant d'habileté pour gouverner ses ^tats, que personne ne douta que son règne ne dut être comparable aux plus beaux temps de la uionarchie ; et en effet, cette espérance se fût vérifiée, s'il n'en eût terni l'éclat pa^ une action aussi injuste que barbare.

Dans le temps de ces croisades, dont je yous ai parlé tant de fois, tous les guerriers qui se rendaient en Palestine étaient sans doute trèsbraves et très-généreux ; mais parmi les plus illustres, on distinguait des religieux-soldats, qui portaient le nom de templiers, ou de ciikvaliekb

164 LES TEMPUERS.

DU TEMPLE, parce qu'ils s'étaient voués à la garde et à la défense du temple de Jérusalem.

Le chef des templiers avait le titre de grand maître de leur ordre, et c'était ordinairement un vieillard aussi renommé par ses vertus que par son courage. Du temps de Philippe le Bel, le grand maître des templiers se nommait Jacques Molay.

Pendant les guerres des croisades, et longtemps encore après, les chevaliers du temple avaient vaillamment combattu les Sarrasins, et je ne pourrais pas vous dire toutes les belles actions qu'ils firent, en défendant pied à pied la terre sainte contre les infidèles.

Cependant, leurs efforts étant devenus inutiles, depuis que les peuples de l'Europe avaient renoncé aux croisades (car, après la mort de saint TiOuis, on ne vit plus d'expéditions de ce genre), les templiers se retirèrent en France, où d'immenses richesses, qu'ils avaient acquises dans leurs guerres, furent emploj'ées par eux à élever de magnifiques palais, oii ils passaient leurs jours dans l'abondance, et peut-être dans la mollesse. Une pareille existence n'était certainement pas louable pour eux, qui, en se consacrant à la défense du saint sépulcre, avaient fait vœu de vivre dans la pauvreté et dans le travail ; mais ils ne méritaient pourtant pas le sort terrible qui les attendait.

Depuis un certain nombre d'années, les choses avaient bien changé en France. Les premiers rois capétiens n'avaient pas eu besoin de payer les soldats que les barons leur amenaient en grand nombre lorsqu'il fallait aller à la guerre; mais depuis que la plupart de ces seigneurs avaient vu

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