LÀ PESTE NOIRE
Au milieu d'une calamité qui menaçait toutes les têtes, et que rien ne pouvait combattre, il se trouva des gens qui, égarés par le désespoir, s'indignaient que Dieu pût permettre un pareil fléau, et vomissaient des imprécations contre la Providence, au lieu de la prier et de T invoquer dans leurs douleurs, comme la religion nous l'enseigne ; car il ne faut point douter, mes chers amis, que la prière est un remède contre les scuôrances de la vie ; et il est bien rare que celui qui prie avec ferveur ne se sente pas aussitôt soulagé.
Cependant, cet efifroi du peuple devint si inquiétant, qu'il ajoutait encore à la violence de l'épidémie, qui semblait chaque jour étendre ses ravages. Alors Philippe, espérant mettre un terme à cette fureur, ordonna que les blasphémateurs auraient les lèvres fendues avec un fer tranchant, afin que chacun pût les reconnaître, tant qu'ils vivraient.
Pendant ce temps, d'autres misérables, ep proie à im horrible aveuglement, prétendaient que le fléau n'était causé que par les Juifs, qu'ils accusaient d'avoir empoisonné les puits et les fontaines, pour faire périr les chrétiens, donnant ainsi une apparence de réalité aux accusations portées contre les lépreux, sous le règne de Philippe le Long. Bientôt, comme l'égarement conduit trop souvent à la barbarie, tous les Juifs qui tombèrent entre les mains du peuple, furent impitoyablement massacrés, ou précipités dans des bûchers ardents.
Il faut que je vous fasse remarquer, à propos de cette triste histoire, que dans presque tous les pays où l'efiroyable fléau de la peste a régné, de-
ûs les temps les plus reculés jusqu'à nos jours,