‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 42 sur 87 · Ë8 PASTOURËAjJf · texte numérisé non relu

Ë8 PASTOURËAjJf

iraient été incommodées, pour a^oir bu de l'ea^ des fontaines que Ton prétendait infectées, ni piême si ce crime était possible, jPïôJippe le Lqng^ qui n'ayait en vue que d'acquérir de Targent, ordonna à ses juges de faire saisir tous les lépreux, .et de les condamner au supplice du feu^ que Yqj^ faisait subir aux empoisonneurs.

Un grand nombre ' de Juife furent encore env^ Joppés dans ces persécutions, comme .complices des prétendues scélératesses des lépreux ; ils forent brûlés avec ces demiers, et les biens de ces mal- Jieureux, confisqués au profit du roi| passèrent Ainsi dans ses trésors.

Mais déjà ce prince, quoiqu'à peine âgé de trente ans, ne pouvait plus jouir des richesse^ qn'ïl arrachait aux souffrances de tant de miser cables ; et tandis .que la France s' épouvantait d^ 4ou8 ces supplices, Philippe succombait aux atr iteintes d'une maladie mortelle, que bien des per.- /^onnes regardèrent comme uneiu^te punition de £on avarice et de sa .cruauté.

Philippe le ^o;ag ne régna que cin^ années, e^ je n'aurai poij^t d'histoire à vous raconter sur son frère Charles IV, qui lui succéda, et .que l'oç isumomma le Bel, comme jBon père Pj^lippe, le persécuteur des templiers.

Vou3 saurez seulement que Charles IV, qn^ mourut aussi après un règne de peu d'années, ne laissa point d'enfant mâle ; et jcomme les légiste^ avaient décidé que la loi salique excluait les femmes du trône de France, ainsi que nous l'avonii yu tout à r heure, ce fut Philippe de Valois, cousii? des derniers rois, et fils du comte de Valois^ g\;ç. obtint la couronne après Charles le Bel.

Depuis Van 1328 jusqu'à Van 1346.

JusQu' 1 ce moment, mes jeunes amis, je vous ai parlé successivement de cinq rois de France nommés Philippe, qui tous ont rempli des règnes pins ou moins remarquables; je vais à présent vous raconter celui d'un sixième prince du même nom, qui fut Philippe VI, ou de Valois, dont r histoire est aussi fort intéressante.

Ce monarque, par son imprévoyance et son orgueil, causa de grands malheurs à la France, et attira sur elle d'effroyables revers; mais la magnificence et la pompe dont, le premier, il entoura le trône, le rendirent cher à la noblesse française, qui cessa tout à fait sous son règne de se montrer turbulente et insoumise, comme elle l'avait été sous les premiers Capétiens.

Vous vous souvenez sans doute de la reine Éléonore, que Louis le Jeune fut obligé de répudier à cause de son mauvais caractère, et qui n'eut rien de plus pressé que de prendre pour mari un roi d'Angleterre, à qui elle apporta en dot sod duché de Guyenne ou d'Aquitaine, qui comprenait alors la plus grande partie des provinces situées de l'autre côté de la Loire.

Le roi d'Angleterre, par ce mariage, étant devenu duc d'Aquitaine, se trouva l'un des grands vassaux de la couronne de France; et Philippe, m montant sur le trône, fit savoir au prince qui régnait alors sur les Anglais, qu'il eût à venir lui rendre foi et hommage pour son duché.

|..t CREMIER DES VALOIS. 17J

Le monarque qui portait alors la couronna |i' Angleterre, était cet Edouard III, dont il es^ question dans le récit du siège de Calais, que vou^ ^vez peut-être lu dans une autre histoire. C'était }}Tï des plus yaillants capitaines de son temps ; e^ Ipomme il p'avait pas moins de fierté que de pourage, il eut bien de la peine à se décider à yenir ployer le genou devant Philippe VI, et lui jurer l'obéissance que, suivant les lois de la féor /[lalité, un bon et fidèle^ vassal devait garder à soif ^izerain. Mais enfin Edouard s'embarqua pour 1^ France, suivi de quelques chevaliers anglais, e^ parut en présence du nouveau roi, qu*il trouv^ /entouré de la plupart des seigneurs de sa cour.

Dans cette cérémonie de foi et hommage, seloi) les anciens usages féodaux, le vassal devait 8*avanr per tête nue, sans épée et sans éperons, et se mettre à genoux aux pieds de son seigneur suzer rain ; mais le roi d'Angleterre ne put se résoudre fi s'humilier ainsi devant son égal, et se tenant debout, il promit simplement, à haute voix, de garder fidélité au roi de France, et s*en retourna dans ses états, ne rêvant au food ^u qœur que guerre et çpie vengeance.

Chacun se douta bien alors qi^e les deux rois ne lieraient pas longtemps amis, et Philippe prépara BBS armes en secret, tandis qn' Edouard, de retoujr ^ Londres, parut pendant quelque temps avoi^ déposé sa haine et ses desseins ; pais vous allez ^oir de quelle manière on l'en fit ressouvenir.

Un jour que le roi d'Angleterre avait réuni dans un grand festin les plus belles dames et les plus grands seigneurs de son royaume, on vit pout à coup entrer dans la salle du banquet uif gjentilhomme français, noxnm4 Rorekt d'Autois,

178 LE PREMIER DES YALOtS.

beau-frère de Philippe VI, que celui-ci avait dépouillé de tous ses biens, et banni du royaume, pour avoir tenté, par de prétendus sortilèges, de taire mourir le fils aîné du roi de France.

Or, ce Robert d'Artois, qui était un méchant homme, n'avait cessé depuis son bannissement, de chercher à susciter des ennemis au roi Philippe, se flattant de rentrer avec leur aide dans sa patrie, pour 7 recouvrer ses terres et ses châteaux, dont ce monarque s'était emparé. Aussi était-il bien f&ché qu* Edouard ne songeât qu'à se divertir, au lieu de se préparer à la guerre contre les Français.

Bobert donc arriva au milieu de ce festin, suivi de plusieurs musiciens et joueurs de vielle, et portant dans ses mains nn plat d'argent sur lequel était servi un gros oiseau rôti, que l'on nomme un HÉRON, et que l'on ne mange pas ordinairement, parce que la chair en est noire et huileuse.

Les musiciens jouèrent alors des cymbales, et tandis qu'une agréable symphonie se faisait en* tendre, Robert s'avança d'un pas ferme vers Edouard, mit un genou en terre, et lui présenta très-humblement son héron, en le suppliant de vouloir bien l'accepter, ce que le roi fit de fort mauvaise grâce ; et vous n'en serez point surpris, lorsque vous saurez que cet oiseau était, dans ce temps, l'emblème de l'indolence et de la lâcheté, comme le paon représentait alors le courage et la fierté.

Cependant, Edouard était un prince trop belli* queux pour ne point s'indigner d'avoir mérité ua pareil présent, qu'il regarda avec raison comme un reproche de son oisiveté ; et se levant aussitôt de table, il jura en présence de toute sa cour, que

l'année ne s'achèverali pas sans que Philippe le vît sur les terres de France, le fer et la flamme à la main, venger Taffiront qu'il venait de recevoir.

A ce serment solennel, tous les chevaliers anglais se levèrent avec enthousiasme, et prirent le ciel à témoin qu'ils suivraient le roi leur maître . partout où il lui plairût de les conduire. H y eut même un de ces guerriers qui s'engagea à tenir l'un de ses jeux constamment fermé, jusqu'à ce qu' il eût vaincu les Français ; et dès ce moment il tint parole.

£n effet, l'année n'était pas encore écoulée, lorsque Edouard parut sur les côtes de France, avec un nombre considérable de vaisseaux portant une armée formidable, détruisit une flotte française qu'il surprit à l'embouchure de la Somme, et s'avança jusqu'aux portes de Paris, sans que rien pût arrêter sa marche victorieuse ; mais Philippe n'aurait point ainsi abandonné cette grande ville à ses ennemis, et appelant autour de lui sa vaillante noblesse, il se hâta de marcher contre Édouardf qui se retira devant les Français jusqu'à un village nommé -Crjêct, situé à peu de distance des côtes de l'Océan, où était demeurée la flotte anglaise.

Le roi d'Angleterre avait un fils chéri, nommé le prince de Galles, et plus souvent le Prince NoiB, parce qu'il ne voulait porter que des armes et des panaches de cette couleur, jusqu^à ce qu'il eût remporté une victoire. Ce jeune homme n'avait que seize ans ; mais il montrait déjà tant de courage, que son père voulut qu'il commandât en personne la plus grande partie de son armée, le jour de la bataille qui se préparait, afin, disait-il, qa'il y gagnât ses éperons de chevalier.

180 LE PREMIER DES VALOlà.

Le Prince Noir avait à peine achevé de ranger Ses troupes snr les vastes collines qui avoisinent le Wlage de Crécy, lorsqu'il apprit que Philippe s'avançait rapidement avçc une armée très-supé^ Heure en nombre à celle des Anglais, et se dispokait à. engager 1^ combat.. Cette nouvelle Ait reçde Sans les rangs de ceùi-ci avec un calme profond, ^résa^ presque assuré de la victoire.

Pà^mi. le^ Français, au contraire, l'ardeur înt^onsidérée de combattre, que Philippe avait sii inspirer à ses troupes, n't^vait pu être ralentie ni |)ar uHe marche péAible de plusieurs lieues danç la même jpumée, ni par litie piluie abondante qui avait rendu les chemins impraticables.^ Parmi les ëhefs et les soldats, c'était à qui joindi*ait le plus iôt les ennemis, et les plus grands seigneurs donhaient eux-mêmes à leurs vassaux l'exemple de bette impatience qui devait leur être si funeste.

Le roi de France avait placé aux premierà i'angs de son armée une troupe nombreuse d'arbhers italiens, fameux par leur courage et leur adresse à lancer des flèches ; mais lorsqu'il leur fit donner l'ordre d'engager le combat, ces étranger^ Hpondirent qu'ils ne pouvaient faire usage de leurs arbalètes, dont les cordes à boyau se trouvaient détendue^ par les torrents de pluie qui b'avaient cessé de tomber depuis le matin.

En entendant cette réponse, les seigneurs qui entouraient le roi s'écrièrent que ces Italiens étaient des traîtres, qui ne faisaient qu*embarras- ^r l'armée ; et poussant sur ces malheureux leurs p^ns d'armes et leurs chevaux tout bardés de fer, Us en firent un épouvantable carnage, qui accrut ^ la désordre qui régnait déjà dans l'armée

française, et dont les ennemis surent profiter avec habileté.

Alors s'engagea dans ce lien une terrible bataille, où Ton combattit de part et d'autre avec tant d'acharnement, que quelqu'un voyant une pareille mêlée d'hommes et de chevaux, courut dire au roi d'Angleterre que tout était perdu; mais ce prince, qui était doué d'un caractère ferme et inébranlable, demanda, sans changer de couleur, si son fils était mort ; et lorsqu'on lui eut répondu que ce jeune prince combattait avec vaillance au premier rang : " Laissez donc faire Ten- *' faut," répondit-il, " et qu'il gagne ses éperons."

Je ne puis pas vous raconter ici tout ce qui se fît de glorieux des deux côtés dans cette journée, où, malgré toutes les prouesses du roi de France et de ses intrépides chevaliers, dont l'impatience avait causé ce désastre, la victoire demeura enfin au Prince Noir, qui, pendant cette action, déploya la bravoure d'un jeune soldat et la prudence d'un vieux capitaine. Les Anglais restèrent maîtres du champ de bataille, et Philippe fut contraint de se retirer avec les débris de son armée.

Ce fut ce jour-là, dit-on, que l'on entendit pour la première fois l'explosion de ces terribles canons dont on se sert aujourd'hui dans les batailles, et qui font tant de mal à la guerre. Les Français, qui n'avaient point d' idée des épouvantables effets de ces machines, furent d'abord saisis de terreur, en voyant leurs bataillons renversés par ces armes effrayantes, dont ils comparèrent les ravages aux éclats de la foudre ; mais bientôt ils se rallièrent avec intrépidité, et ne songèrent plus qu'à mourir avec gloire.

182 LE PRElilEB DES VALOIS.

Un vieux prince aveugle, nommé Jean de Bohême, auquel Philippe de France avait accordé un asile à sa cour, ne voulant pas survivre à un pareil désastre, pria avec instance ceux qui l'entouraient, de lui procurer, avant de mourir, la satisfaction de donner xm bon coup d'épée ; et ayant fait attacher son cheval à ceux de cinq autres chevaliers qui lui étaient entièrement dévoués, on les trouva tous morts avec lui, à l'endroit même où ils avaient combattu. Tous les Français, seigneurs et vassaux, nobles et gens des communes, se battirent avec le même courage ; et lorsque, le lendemain, le vainqueur fit donner la sépulture à tant de vaillants guerriers, dignes d'un meilleur sort, on compta parmi les morts onze princes, quatre-vingts barons, douze cents chevaliers et trente mille soldats.

Philippe de Valois ne put être arraché qu'avec peine de ce champ funeste, où venait de tomber la fleur de la nation ; et le soir de cette fatale journée, suivi de quelques braves soldats qui s'étaient ralh'és à lui après la bataille, il se présenta fort tard à la porte d'un château féodal, où il demanda l'hospitalité. Le seigneur châtelain se présenta aussitôt aux créneaux, pour demander qui frappait à cette heure : " Ouvrez," lui répondit Philippe à haute voix ; " c'est l'infortuné roi de France!..."

Quant à Edouard, peu de jours après cette victoire éclatante, il mit le siège devant la ville de Calais, dont il ne s'empara pourtant que l'année suivante, après une résistance vive et meurtrière. Ce fut aloFS, mes jeunes amis, que six bourgeois de Calais s'illustrèrent par leur dévouement ; mais comme cette histoire intéressante vous a été racontée dans un autre livre, je n'aurai pas besoin de vous la répéter dans celui-ci.

LA PESTE NOIRB. 183

LA PESTE NOIRB.

Dejmia Van 1346 jusqu*à Van 1350.

La perte de la bataille de Grécj, et la prise de CalaÎB qui la suivit d'une année, mes jeunes amis, ne forent pas les seuls désastres qui pesèrent sur la France, pendant le règne de Philippe de Valois: une affreuse épidémie, connue sous le nom de FESTE NOIRE, api^s avoir ravagé une partie de r Europe, s'abattit tout à coup sur le Languedoc, et causa successivement dans tout le royaume une effroyable mortalité.

De tous côtés, on ne voyait que des malheureux qid, atteints de la contagion, expiraient en poussant des cris lamentables ; la mort, avec toute son horreur, se montrait sous toutes les formes; les uns tombaient dans les rues ou sur les chemins, foudroyés par un mal subit et sans remède; les antres, minés par une fièvre dévorante, voyaient de moment en moment s'approcher le terme de leur existence. Tous les sentiments qui nous rendent si chers les uns aux autres, semblaient saspendus ou effacés ; les mères elles-mêmes n'ap-

Î)rochaient plus qu'en tremblant du berceau de eurs enfants; tout le monde s'évitait et se fuyait, de peur de contracter ou de communiquer le mal« Bientôt on ne trouva plus qu'un petit nombre d'hommes assez courageux pour donner des secours à leurs semblables, et les morts restés sans sépulture, tant ils étaient nombreux, ajoutaient encore à l'horreur de ce tableau. Jamais enfin un tel spectacle de désolation ne s' était offert au monde.

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