‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 51 sur 87 · LE CONNETABLE DU GUESCLIN · texte numérisé non relu

LE CONNETABLE DU GUESCLIN

D^uis Van 1364 jusqu*à l'an 1380.

Sous le règne du roi Charles V (c'était le nom qu'avait pris le dauphin, en montant sur le trône, après la mort de son père), il y avait en Bretagne un chevalier nommé Bkrtkand du Guesolin, qui fîit certainement un des hommes les plus illustres que la terre ait jamais portés.

Lorsque Bertrand était petit, il était si laid, que personne ne pouvait le regarder sans détourner les yeux. D avait la taille épaisse, les épaules larges, la tête monstnieuse, les yeux petits, mais pleins de feu. Quand on lui reprochait sa laideur : ^' Je suis fort laid," répondait-il dans le langage du temps; '^ jamais ne serai bien venu des dames ; mais scTai hardi et vaillant à l'encontre des ennemis."

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Ontre qne Bertrand était aussi laid que je viens de le dire, il avait en même temps un caractère farouche, que les menaces et les châtiments ne faisaient que rendre encore plus intraitable. Comme il avait beaucoup d*orgueil, on voulut le dompter en r humiliant; mais alors il entrait en fureur, s'armait d'un bâton, et frappait rudement ceux qui osaient l'insulter.

Enfin, on essaya la douceur auprès de lui, et bientôt il montra plus de docilité; car il avait Tâme noble et généreuse, et un excellent cœur. On ne put cependant jamais parvenir à lui apprendre à lire, et un précepteur qu'on lui donna, fut obligé d'y renoncer. A la vérité, dans ce temps-là, ce n'était pas chose rare que de voir un gentilhomme ou un vaillant capitaine ne savoir ni A ni B, parce qu'alors les geos de guerre regardaient la science comme bonne, tout au plus, pour des moines ou des légistes. Pour eux, ils ne faisaient cas que de l'art de donner de bons coups d'épée, et de bien manier un cheval de bataille. Aussi, dès son plus jeune âge, Bertrand ne respirait-il qu'exercices et que combats. Sa mère qui l'aimait tendrement, se plaignait souvent de son humeur tapageuse, en disant qu'il n'y avait pas au monde un plus méchant garçon, toi\jours blessé et toujours battant ou battu.

Un jour que cette dame, en pleurant, contait ainsi ses peines à une religieuse de ses amies, celle-ci, qui prétendait lire dans la physionomie de chacun la destinée qu' il devait avoir un jour, fit approcher l'enfant indocile, et après l'avoir considéré avec attention : " Ne vous plaignez pas, Madame," dit-elle à sa mère, " que Dieu vous a^*^

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donné un tel fils ; car cet enfant deviendra un jour la gloire de votre maison et de tout le royaume." La pauvre dame ne crut guère alors à cette prédiction, qui se vérifia pourtant d'une manière éclatante, comme vous le verrez tout à T heure.

En attendant, avec son caractère turbulent et impérieux, le petit Bertrand ne se faisait aimer ni des enfants de son âge, ni des personnes raisonnables. Tout le monde le craignait et le haïssait ; chacun évitait son approche ; mais la Providence, qui avait permis qu'il fdt ainsi disgracié de la nature, avait mis en lui une âme forte et courageuse, et un esprit d'une trempe supérieure.

C'était l'usage, dans ce teipps-là, que l'on célébrât des jeux où des chevaliers de tous les pays environnants venaient, couverts de leurs armures, combattre les uns contre les autres, à grands coups d'épée et de lance. Ces jeux se nommaient des TOURNOIS. Les combattants y paraissaient ordinairement, le visage masqué par la visière de leur casque, et ils joutaient ensemble si rudement À pied et à cheval, qu'il arriva souvent que quelqu'un d'entre eux restât mort sur la place.

Bertrand venait d'atteindre sa dix-septième année, lorsqu'on publia à son de trompe, dans tout le pays, qu'il serait célébré un grand tournoi, oii toute la noblesse de Bretagne ne manqua pas de se rendre. Le seigneur du Guesclin, père de Bertrand, se mit en route comme les autres ; et prenant avec lui tous ses chevaux de bataille et ses écuyers, il refusa d'emmener son fils, qu' il trouvait trop jeune et trop mal élevé pour assister à de pareilles fêtes.

Bertrand demeura donc bien chagrin, lorsque 8on père fut parti, car il se sentait déjà un homme

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intr6pide et vigoureux; alors il lui vint dans ridée de monter un vieux cbeval qui était ivsté dans un coin de T écurie, et d'aller aussi au tournoi sans que personne le reconnût.

Le jeune homme n'avait point d'argent pour se faire un brillant équipage, et la curiosité seule le conduisit d'abord à la fête ; mais lorsqu'il entendit le son des trompettes, le cœur lui battit avec violence, il ne fut plus maître de son désir de combattre dans l'arène; et apercevant un chevalier qui, après avoir honorablement combattu, se retirait dans une maison voisine pour se reposer de ses fatigues, il l'y suivit, se jeta à ses pieds, et le supplia de lui prêter ses armes et son cheval, pour descendre à son tour dans la lice ; ce à quoi le bon chevalier, voyant l'extrême ardeur du jeune homme, consentit sans peine.

Dès que Bertrand se fut ainsi équipé, il baissa la visière de son casque, pour éviter que Ton aperçût son visage, et ayant paru dans la lice, il renversa sur la poussière les plus vaillants guerriers. Déjà même on le proclamait vainqueur, et il allait recevoir le prix de l' honneur, lorsqu'un chevalier s'avança pour le lui disputer à son tour. Le jeune homme se préparait encore à terrasser ce nouveau rival, lorsqu'à reconnût dans cet adversaire le seigneur du Ouesclin, son père. Alors Bertrand, courant à lui, baissa sa lance, et mettant un genou en terre, le pria de lui accorder sa bénédiction.

Le bon père releva son fils, en pleurant de joie, et tout le monde l'applaudit plus encore à cause de sa piété filiale, qu' à cause des victoires qii' il avait remportées. Le prix du courage, qu'il avait mérité, lui Alt d^oemé, et il voulut absolument, par rec* ~

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