‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 6 sur 87 · LE BAPTEME DE CLOVIS · texte numérisé non relu

LE BAPTEME DE CLOVIS

Depuis Van 481 jnsqu^à Van 511.

Bien des années s'écoulèrent, mes jeunes amid, et il arriva bien des événements, avant que chacun de ces peuples barbares eût pris dans les Gaules la place qui lui convenait; les Yisigoths et les Burgondes furent les premiers à se fixer, ainsi que nous venons de le voir, et ce fot un bonheur pout les pays qu'ils occupèrent; mais les Franks, d'une humeur plus turbulente, eurent bien de la peine à renoncera leur tie périlleuse; toujours stationnés de l'autre côté de la Meuse, ils continuèrent à lancer de petites troupes de pillards sur les provinces ^isînes, d'où ils se retiraient» fiaiivant leur

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tnme, ansdtôt qu'ils avaient amassé autant de butin qu'ils pouvaient en emporter.

Mais voilà que parmi les Saliens, il se trouva an chef plus hardi que les autres, qui, réunissant une partie de sa tribu, s'avança de ce côté-ci de la Meuse jusqu'à TouANAi, Tune des principales villes de ce pays, et en fit sa demeure habituelle. Cet audacieux aventurier se nommait Glovis, et appartenait à la famille des Mebowinos, la plus illustre de la tribu salienne, parce qu'elle descendait d'un ancien roi firank nommé MiROwia ; ce qui, dans la langue des Barbares, voulait dire Éminent auERRisR.

Or, ce serait une erreur de croire que les rois de ce temps-là fussent, comme ceux que Ton a vus depuis en Europe, de très -grands personnages, auxquels chacun ne parlât qu'avec respect, et qui gouvernassent tout un royaume en disant: Je veux. Les rois franks étaient tout simplement des guerriers plus braves ou plus heureux que d'autres, que leurs compagnons choirnssaient pour être leurs chefs, dans les courses qu'ils voulaient entreprendre, n fallait donc aussi qu'ils fussent plus hardis, plus entreprenants, et quelquefois aussi plus méchants que leurs soldats eux-mêmes, afin de s'en faire craindre et respecter. Leur seule distinction était de porter leurs longs cheveux graissés d'huile parfumée, au lieu du beurre rance dont se servaient les autres Franks, et cette chevelure était la principale marque de leur dignité ; car, dès qu'elle était coupée, ils perdaient toute autorité sur leurs sujets. C'est pour cela que vous trouverez souvent ces '■^ns chefis des Franks désignés sous le nom de "velus.

rinces étaient ordinairement accompagnés

d^un certain nombre de gaenieft qu'ils attachaient à leur personne, moyennant quelques présents, tels qu'un cheval de bataille, ulie francisque, on toute autre arme; ces guerriers portaient le nom de Leudes, ce qui veut dire^^^2«5, et ils formaient autour du maître qu'ils avaient dioisî, une garde nombreuse et déterminée.

Clovis donc était le dief^ ou, ta. vous Taîmes mieux, le roi des Saliens stationnés à Tournai, et c'était de là qu'il se mettait en marche avec son année, qui ne comptait guère plus de cinq ou six mille combattants, pour aller enlever, soit aux Gaulois qui habitaient entre la Meuse et la Loire, soit aux autres Barbares eux-mêmes, leurs esclaves et leur butin. Mais comme il n'était pas moins rusé qu'entreprenant, et que d'ailleurs il trouvait bons tous les moyens qui lui étaient utiles, il finit par devenir le plus puissant de tous les princes franks, qui, comme lui, faisaient métier de dévaster la Gaule; et il fit si bien, tantôt par la ruse, tantôt par la force, qu'il transporta sa demeure de Tournai à Paris, autrefois nommé Lutèce par les Romains, et qui n'était alors qu'une toute petite ville, renfermée entre deux bras de la Seine. Il parvint même à faire périr par une trahison, le roi des Franks ripuaires, dont il était jaloux, et se trouva par là en peu d'années le seul chef des Franks, depuis le Rhin jusqu'à la Loire.

n ne faut pas vous étonner, mes jeunes amis, si, à propos de ce prince fameux, qui passe ordinairement pour le premier roi des Franks et le fondateur de leur monarchie, je vous parle de la ruse et de la trahison qu'il employait très- volontiers contre ses ennemis. De tels moyens sont sans doute fort

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peu honorables pour on prince, qui devrait toujours se montrer vaillant et magnanime, et ne s'élever que par de glorieuses victoires; mais ce sont là les habitudes des peuples barbares, et encore aujourd'hui la ruse est si familière aux sauvages de T Amérique, qu'on en a vu quelquefois demeurer pendant plusieurs jours et plusieurs nuits, couchés sous un buisson, ou immobiles sur une branche d'arbre, pour y guetter l'ennemi qu'ils voulaient frapper.

Glovis, par son habileté et son astuce, plus encore que par son courage, étant devenu le seul roi de tous les Franks, prit pour femme une belle princesse nommée Glotilde, qui était la fille d'un roi de Bourgogne. Cette princesse était chrétienne, et elle n'avait pas moins de vertu que de beauté; aussi, lorsqu'elle fut mariée, et qu'elle vit que Clovis, comme tous les Franks, adorait les fausses divinités de son pays, elle s'en affligea sincèrement, et pria Dieu de toute son âme, pour que Glovis se fît baptiser, et se convertît à la religion chrétienne, qui rend les hommes plus doux et plus humains, en leur apprenant à se corriger de leurs défauts.

G'était l'usage parmi les Franks, même lorsqu'ils habitaient encore leurs forêts de Germanie, de se disperser sur toute la surface du pays qu'ils occupaient, pour y passer l'hiver et se reposer de leurs fatigues. Alors les chefs ne conservaient autour d'eux que leurs fidèles, c'est-à-dire, ceux qui s'étaient attachés à leur service ; mais lorsqu'ils se furent répandus dans les Gaules, au lieu de donner à leurs leudes, comme' auparavant, des chevaux et des francisques, ils leiur distribuèrent autour

la demeure qu'ils avaient choisie, des champs des esclaves pour les cultiver. Ces champs

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