‹ L'histoire de France, racontée à la jeunesse. Éd. stéréotype, augmentée d'une table analytiqueChapitre 87 sur 87 · DE L^HISTOIBE DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE L^HISTOIBE DE FRANCE

par ces mots mémorables : Le Président de la Bépii'blique n'aura plus alors qu'à se soumettre on se dé^ mettre. Oe dîsconrs valut à son autenr nne condamnation à nne peine de qninze jonrs de prison que le pouvoir n'osa pas du reste lui faire subir.

En présence de Topposition persistante de la nation française, le Maréchal n'en essaya pas moin» d'imposer sa volonté, et nomma un soi-disant ministère d'affaires ou de transition, à la tète duquel il plaça le général de Rochébouet. Les instructions confidentielles que fit parvenir ce Ministre aux différents chefs de corps dans les départements, révoltèrent la conscience de plusieurs officiers généraux on supérieurs, qui se refusèrent à 7 obtempérer, en objectant que ces instructions étaient contraires à la lettre et à l'esprit de la constitution. M. le Major Labordère, à Limoges, fut le premier à décliner son concours, ce qui lui attira naturellement une peine disciplinaire que Ton n'osa pas porter au-delà du retrait d'emploi. Le général Baron Aymard, à Montpellier, répondit à la lettre ministérielle, enjoignant aux commandants de corps de trier avec soin les officiers sur lesquels Sis pourraient compter et de se tenir prêts à les diriger sur Paris an premier appel : " Monsieur le ministre, j'ai la satisfaction de vous faire savoir que je puis compter sur tous les officiers, sans exception, placés sous mon commandement, persuadés qu'ils sont tous, ainsi que moi, qu'il ne peut s'agir d'aucune atteinte à la constitution."

La tenue de ces officiers acheva de détruire dans l'esprit du Maréchal Mac-Mahon toute idée de coupd'état, auquel il était d'ailleurs peu enclin, bien qu'il 7 fdt fortement encouragé par les membres des partis rétrogrades qui s'efforçaient de le circonveni'

Il céda donc à la pression générale, et, snivant l'ex* pression de M. Gambetta, il se soumit et convoqua un ministère républicain.

L'année 1878 se passa en tiraillements continuels entre la Présidence d'un part, et le Ministère et la majorité de la chambre de l'autre, jusqu'à ce que le cabinet mis en demeure par celle-ci d'observer la loi qui ordonnait le renouvellement triennal des grands commandements militaires, présenta à la signature du Président la mise au cadre de réserve de plusieurs des grands commandants. Le Maréchal ne put se résoudre à ce qu'il appelait sacrifier ses vieux camarades^ et, réalisant dotiblement la prophétie de M. Gambetta, après s* être soumis l'année précédente, il se démit le 30 Janvier 1879.

Le Sénat et le corps législatif, réunis immédiatement en congrès, élurent à sa place l'ex-Président de la chambre des Députes, M. Jules Qrévy, par 563 voix sur 713 votants, A partir de ce moment, l'entente entre les trois pouvoirs permit enfin à la France de respirer. Un incident inattendu vint encore accroître la confiance et la tranquillité de la nation, en enlevant son chef naturel au plus hardi et au plus dangereux des trois partis anti-républicains. Le Prince Impérial, fils de Napoléon III, qui avait voulu prendre part à la campagne des Anglais contre les Zoulous, fut surpris par ces derniers au commencement de Juin, pendant une reconnaissance qu'il faisait à la tête d'un faible parti de cavaliers, et tué dans cette escarmouche, qui coûta également la vie à deux soldats de sa petite escorte.

A partir de ce moment, l'amnistie envers les condamnés de la Commune ayant été proclamée^ la

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Bépnblique entra dans une voie d' apaisement qui s'était trop longtemps fait désirer.

Ponr la première fois depuis la Bévolntion, l' on rencontre un Chef de l' État qui se contente de pré« sider, sans chercher à faire prévaloir ses propres vues; pour la première fois l'on voit franchement et réso* Inment mettre en pratique l'axiome fondamental du gouvernement parlementaire : '* le Bot règne et ne gouverne pas" Quelques troubles partiels^ mais de peu d' importance, s' élèvent cependant, notamment à Lyon et dans le Midi, au sujet de la Loi sur les Congrégations religieuses non autorisées^ que le Ministère Jules Ferry a jugé à propos de de mettre en application. Ces di£Scultés, suscitées par les partisans du cléricalisme, ne trouvant pas d'écho dans le reste de la nation, sont aisément surmontées.

Les partis réactionnaires se disloquent de plus en

S lus. Ne sachant pas à quel chef obéir depuis la mort u Prince Impérial, les bonapartistes se divisent en deux sections : celle du Prince Jérôme et celle de son filsYictor ; les premiers, tenant pour l' ordre régulier d' hérédité institué par Napoléon I ; les autres, à la tête desquels se trouve Paul Granier de Cassagnac, en présence de Y impopularité du père, cherchant en vain à le faire abdiquer en faveur de son fils. La Eizanie en arrive au point qu' elle suggère au député Bobert , Mitchell,. jusqu' alors un des plus ardents soutiens de la dynastie, une lettre adressée au prince Jérôme le 3 juin 1881, et qui se termine ainsi : " Il n'y a plus, Monseigneur, autour de vous que jalousies étroites, ambitions déréglées, appétits impatients. An milieu de ces compétitions on chercherait vainement

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une préoccupation patriotique, une aspîralrôn qtd ne fût pas uniquement personnelle."

Le mandat des députés ayant expiré en mai, les collèges électoraux sont convoqués pour le 21 août 1881. L'' étoile de M. Gambetta commence à pâlir. A la réunion de ses électeurs à Charonne, il se voit si violement attaqué et interrompu qu' il s' emporte au point de promettre aux esclaves ivres, qui l' ont empêché de parler, d' aller les chercher jusque dans leurs repaires. Il n' en est pas moins réélu, mais à une très faible majorité, dans ce même arrondissement qui r avait précédemment nommé à la presque imanimité.

Le 14 novembre 1881, placé par M. Orévy à la tète du nouveau ministère, il ne s' j signale que par des maladresses. Se sentant ou se croyant fort de V appui général, il cherche à se concilier partîcu* lièrement celui de la droite, en lui faisant des sacri* fices qui indignent son propre parti, sans lui attirer la faveur de ses adversaires. C'est ainsi qu'il nomme à de hauts emplois militaires le général de Gallifet le général de Miribel, chef d' État-Major, qui s'était fait remarquer par sa participation au plan du Coup d' État formé sous le Maréchal Mac Mahon, et ministre plénipotentiaire de première classe M. Jean Jacques Weiss, journaliste célèbre et l' un des plus acharnés ennemis de la République. Il provoque en même temps, sans s'être assuré de l' approbation du Parlement la célèbre note sur les affaires d'Egypte endossée et acquittée plus tard par le Gouverne-ment anglais tout seul.

Sa personalité s' accentuant chaque jour davantage» ses exigences vis-à-vis de la chambre augmentent au point que, le 26 février 1882, il ae trouve en face

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d'une forte majorité qui, refusant de s'y soumettre et d'aceepter le scrutin de liste au lieu du scrutin d'arrondissement, le force à renoncer au ministère sans avoir pu rien fonder, rien consolider. M. de Freycinet lui succède, et tombe à son tour le 19 juillet, à la suite d'une demande de crédit pour coopérer à r expédition des Anglais en Egypte, laquelle demande se trouve rejetée pai le Parlement à une immense majorité. Les raisons pour lesquelles la France refuse ainsi de s' associer à l'action anglaise sont trop diverses, trop multiples, pour qu'on puisse même ne faire que les indiquer, dans un abrégé aussi succinct que celui-ci. Avec beaucoup de réflexion, en lisant les journaux de l'époque, on réussira pourtant à les discerner.

Au ministère Freycinet succède un ministère gambettiste déguisé, présidé par M. Duclerc, lequel se contente de vivre sans rien faire et laissant les choses dans leur statu qiLo, attendant toujours de la chambre une direction quelconque, que celle-ci, divisée à l'excès, est incapable de lui-donner. Sur ces entrefaites, le 28 Novembre, M. Gambetta se blesse à la main et à r avant-bras en maniant un revolver. Le repos forcé auquel sa blessure l' oblige à s' astreindre, provoque le retour d' une maladie interne dont il souffrait depuis piusieurs années, et le 31 décembre 1882, à 11 heures 55 minutes du soir, il expire, à l'âge de quarante-quatre ans, regretté des nombreux amis personnels que lui avaient créés la franchise et l'aménité de son caractère, des partisans que lui avaient faits son éloquence et son génie politique, et de la masse enfin des citoyens français, toujours prêts à rendre hommage à. l' ardeur et à l' intensité de son patriotisme. Ses obsèques (obsèques natio-

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nales) furent les pins magnifiques qne l'on eût jamais ynes en France. Plus d' un million de personnes y assistèrent

Léon Oambetta occupera dans l' histoire une place à part La postérité s'émerveillera q'un homme, né •dans une humble condition, d'un père étranger, ait pu réaliser en quelques années, ce rêve des préten- -dants, fils d'empereurs et de rois : être connu dans le dernier des hameaux de France, tenir en éveil les chancelleries étrangères, avoir son nom sur toutes les lèvres, dans les casernes, les ateliers, les veillées •campagnardes. La France perd en lui un homme <loué de qualités peu communes, d'une activité et ^'une force immenses; qui semblait, malgré sa chute précédente, destiné à jouer encore un grand rôle dans l'histoire de son pays. Il reste à savoir si œ rôle «eût été salutaire à la France ! C est là une question -de la plus haute importance à laquelle la mort de M. Gambetta empêche peut-être qa'on puisse jamais répondre,

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