LEB ENFANTS DB CLODOMIR
à son gré, cultiver des fleurs qui aiment la fraîcheur, ou d'autres qui se plaisent au soleil.
£h bien, ce fut précisément ce qui se passa dans Tempire des Franks, lorsque les quatre fils de Clovis divisèrent entre eux, à peu près selon leur convenance, le vaste royaume que leur avait laissé leur père. Ces princes que suivaient un bon nombre de leudes, et autour desquels les guerriers franks dispersés dans les Gaules, venaient volontiers se rallier, s'établirent chacun sur une partie du territoire, et formèrent ainsi quatre royaumes, auxquels ils donnèrent le nom de la ville qu'ils avaient choisie pour leur capitale; de sorte qu'il Y eut à la fois dans le seul pays que les Franks avaient occupé sous Clovis, un roi de Paris, un roî de Soissons, un roi de Beims et un roi d'Orléans.
Aucun de ces princes, à vous dire le vrai, n'était bien recommandable par ses qualités, parce que, dans ce temps-là, tous les hommes étaient plus ou moins sauvages ou grossiers ; mais les deux plus cruels furent, sans contredit, Glotaire, roi de Soissons, et Childebert, roi de Paris, qui persécutèrent les enfants de leur frère Glodomir, roi d'Orléans, pour s'emparer de l'héritage de ce malheureux prince, qui avait été tué dans une bataille contre les Burgondes.
Le roi Glodomir, en mourant, avait laissé trois petits garçons que la reine Clotilde, leur grand'mère, avait emmenés à Paris pour les faire élever sous ses yeux.
Ghildebert était naturellement d'un caractère très-jaloux; il ne pouvait souffrir que la reine, en ^^Qonce, caressât continuellement ses petits-fils, plaisaient qu'auprès d'elle, tant elle était
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bonne et affectueuse pour enz. Ce méchant prince fit savoir cela à son ^re Clotaire, qui était encore plus mauvais que lui, et ces deux méchants convinrent ensemble de faire périr ces pauvres enfants, pour qu'on ne leur donnât pas la couronne de leur père, lorsqu'ils seraient devenus grands.
Clotaire vint donc à Paris, comme pour visiter son frère, et tous deux annoncèrent hautement qu'ils allaient conduis leurs petits neveux dans le royaume de leur père, pour leur partager les trésors que ce prince avait laissés.
La reine Clotilde crut, comme tout le monde, ce que disaient ces méchants, et lorsqu'ils lui demandèrent, de leur confier ces enfants pour les mener dans leur royaume, elle fut transportée de joie, et ordonna qu'on mît aux jeunes princes leurs plus beaux habits, et qu'on leur donnât bien à boire et à manger; ensuite elle les embrassa avec tendresse avant leur départ, en leur disant qu'elle espérait bien qu'ils deviendraient des rois sages et vaillants, comme leur père Clodomir l'avait été.
Ces pauvres enfants partirent donc bien joyeui, croyant qu'ils allaient jouir de tout le bonheur imaginable; mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir quon les avait trompés, car au lieu d'être conduits dans les beaux palais qu'on leur avait promis, ils furent jetés séparément dans des prisons obscures, où on ne leur laissa pas même la consolation de gémir ensemble.
Vous devez penser combien ces petits princes furent désespérés quand ils virent cela; chacun d'eux se prit à pleurer amèrement dans son cachot; et ils ne pouvaient s'empêcher de verser des torrents de larmes, en pensant au temps où ils étaient
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comblés de caresses et de prédents par leur bonne maman; ce n'était pourtant pas le plus grand malheur qui leur fût réservé, et vous allez voir quel sort les attendait.
C'était par l'ordre de Clotaîre et de Childebert qu'ils avaient été jetés dans des cachots; maïs ces cruels n'étaient point encore satisfaits, et ils ne pouvaient plus demeurer en repos, tant que leurs neveux seraient vivants, parce qu'ils appréhendaient que les leudes de Clodomir n'arrachassent ses enfants de leur prison, ou peut-être que la reine Clotilde, instruite de leurs mauvais desseins, ne leur ordonnât de lui renvoyer ses petits-fils.
Un jour donc que cette princesse était dans un appartement de son palais des Thermks, autrefois bâti auprès de Lutèce par l'empereur Julien, et dont les restes existent encore au milieu de Paris, elle vit tout à coup paraître devant elle un des officiers de Childebert, tenant d'une main une paire de ciseaux, et de l'autre un poignard. Je vous laisse à penser quel fut l'effroi de la vieille reine, à l'aspect de cet homme, qui avait une figure aussi atroce que le message dont il était chargé; mais elle fut bien autrement épouvantée, lorsqu'elle entendit ce misérable lui annoncer qu'il était envoyé par Clotaire et Childebert, pour lui demander si elle voulait que ses petits-fils fussent égorgés, ou seulement qu'on les privât de leur chevelure.
C'est ici le lieu de vous rappeler quelle idée s'attachait parmi les Franks à ces longs cheveux, privilège dSstinctif de la race des Mérowings, dont la
' -^ation entraînait leur exclusion du trône, et de 8 condamnait à une prison perpétuelle.
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A ce terrible message, et surtont à la vne des ciseaux et du poignard, la reine fiit si troublée, qu'elle faillit perdre la raison ; dans son désespoir, elle 8* écria quelle aimait mieux cent fois que ses enfants mourussent, que de les voir privés de leurs longs cheveux, puisqu' après cela ils ne pourraient plus devenir rois.
C'était sans doute la douleur qui faisait parler ainsi la bonne Clotilde, qui d'ailleurs ne pouvait imaginer que ses fils fussent assez cruels pour faire périr de pauvres enfants qui ne leur avaient fait aucun mal, et qu'ils auraient dû protéger, au lieu de leur nuire.
Le barbare ofiScier alla reporter à Clotaire la réponse de la reine, et ce prince envoya aussitôt ohercher deux des petits princes dans les cachots où ils étaient enfermés, et les fit amener devant lui et devant Childebert, qu'il avait fait avertir secrètement.
Lorsque les enfants entendirent ouvrir les gros verrous de leur prison, et qu'on leur eut appris qu'ils allaient être conduits devant leurs oncles, ils ne doutèrent pas qu'ils ne touchassent enfin au moment d'être heureux, et quittèrent avec joie ce triste séjour où ils avaient déjà tant pleuré. Mais ces pauvres petits ne savaient pas à quoi sort ils étaient réservés.
Dès qu'ils furent arrivés dans le palais, l'impitoyable Clotaire saisit par un bras l'aîné de ses neveux, et le renversant à terre, lui plongea son poignard dans le cœur. Le malheureux petit prince expira sur-le-champ, en poussant un grand cri.
Le second enfant, qui vit cet affreux spectacle, se jeta aux genoux de son oncle Childebert, et le