‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 101 sur 404 · LE MARÉCHAL DONNE SON AVIS · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DONNE SON AVIS

Quand le roi Henri vit que le roi de France se moquait de lui, il fut très irrité, et cependant, comme un homme sage, il répondit aux messagers : « Seigneurs, j'en parlerai à mes barons et « je ferai ce qu'ils me conseilleront, mais il se peut que a leur avis ne soit pas conforme au vôtre. » Puis il demanda conseil à ses hommes. Il y avait là de hauts barons ; personne ne dit mot. Le roi répéta sa demande sans plus de succès. Il finit par s'irriter. « Par les yeux de Dieu\ » s'écria-L-il, «je n'ai « jamais vu chose pareille. Vous êtes mes conseillers et vous « me refusez vos conseils! » Le Maréchal vit que le roi était courroucé; il lui parla ainsi, comme homme sage : « Sire, » dit-il, « s'il vous plaisait, et si cela ne déplaisait pas aux hommes « de haut rang qui sont ici, je dirais ce que je ferais. — Parlez, » dit le roi, « puisque les autres ne veulent pas s^en mêler. — « Sire, volontiers. Sauf votre approbation et celle de vos autres « hommes, dès que le roi de France propose la bataille, il faut « l'accepter. Mais demandez-lui en quelle cour elle aura lieu, « car si c'était en la vôtre, et si nous apercevions que les nôtres a eussent le dessous, nous ne manquerions pas de venir à leur « aide. Il en serait de même si la bataille était en la sienne : a les parents et amis de ses chevaliers, qui sont des hauts a hommes de France, les secourraient, et ainsi le droit serait a faussé^. Mais que la bataille ait lieu dans la cour de Tempece reur ou dans celle du roi de Navarre ou du roi d'Aragon. « Quant à choisir vos chevaliers, ce n'est point son affaire, vous

fonctionnaire de l'ordre flnancier; voy. les index de Stapleton. Il est mentionné, avec Richard de Villequier, dans un acte passé à Rouen en 1205 (Teulel, Layettes, n" 785, p. 297 b). — Les noms de ces quatre personnages sont accompagnés dans le poème de qualifications plus ou moins facétieuses qui montrent que la proposition n'était pas faite sérieusement.

1. Nous savons par Giraud de Rarri que le roi Henri et son fils Richard avaient la mauvaise habitude de jurer « per oculos » ou « per j^orgiam Dei; » voy. Giraldi Cambrensis opéra (collection du Maître des rôles), II, 161 ; IV, 39, 222. Giraud fait remarquer ailleurs {Opéra, VIII, 318-319) qu'au contraire les rois de France s'abstenaient de tels serments.

2. Cette proposition singulière montre que l'auteur du poème, sinon celui de la proposition, avait lu les chansons de geste, où on voit en cilel les parents d'un combattant en péril se précipiter dans le cliam|) [)our le secourir. Voir par exemple Aie d'Avignon, p. 20.

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