H54] GUILLAUME ENVOYE AU CHAMBELLAN DE TANCARVILLE
cours; toute sa puissance tomba, et de la royauté il ne garda plus que le titre [690].
C'est à Shrewsbury qu'eut lieu le parlement où cette paix fut conclue. Le roi fut échangé contre le comte de Gloucester. Les otages furent tenus quittes, les prisonniers délivrés de prison et Guillaume rendu à sa famille, qui avait eu pour lui de grandes inquiétudes^ Mais, à qui Dieu veut aider, rien ne peut nuire [744].
En peu de temps, Guillaume grandit. Il était si bien formé que, si on l'avait sculpté, il n'aurait pas eu de plus beaux membres. Je le vis, et il m'en souvient bien. Il avait la chevelure brune et beau visage. Sa prestance était celle qui aurait convenu à un empereur de Rome. Il avait l'enfourchure large et était d'aussi belle stature qu'un gentilhomme peut être. Celui qui le fît était un artiste [736].
Tandis que Guillaume faisait sa croissance, le roi Etienne mourut^, et on couronna le roi Henri 3, qui était preux et courtois et avait déjà femme et enfants^. Jean le Maréchal résolut d'envoyer Guillaume à Tancarville, au Chambellan 5, son cou-
1. L'auteur a commis ici ua grave anachronisme. Il est exact que la paix fut conclue en 1153, peu de temps après le siège de Newbury, qui eut lieu en 1152, comme nous l'apprend le témoignage de Henri de Huntingdon cilé plus haut (p. 9, n. 1). Mais il ne l'est pas que le roi ait été pris à Lincoln et échangé contre le comte de Gloucester à la môme époque. En e£Fet, la bataille de Lincoln, où Etienne fut fait prisonnier, est du 2 février 1141 (voy. entre autres Robert de Torigni, éd. Delisle, et la noie de l'éditeur, I, 220), et c'est en septembre 1141 que Robert de Gloucester tomba entre les mains de la reine Mathilde, femme d'Etienne. L'échange des deux princes, qui eut lieu peu après la prise du second, est donc sans rapport aucun avec la paix de 1153. 11 n'est d'ailleurs question d'un parlement à Shrewsbury nulle part ailleurs que dans notre poème.