H89] LE MARÉCHAL PROTÈGE LA RETRAITE
fer sur la tête, il se mit à la poursuite des fuyards. Il les atteignit, mais d'autres les joignirent avant lui, car Philippe de Colombiers * , l'un des hommes de sa megnie, renommé pour les armes, alla frapper violemment en Técu un chevalier. A cette vue, Guillaume des Roches^, qui s^en allait avec le roi, revint en arrière et brisa une lance avec Philippe. Le comte de Poitiers accourut, s' écriant : a Guillaume, c'est folie de vous arrê- « ter. Vous perdez votre temps; reprenez votre chemin! » Le Maréchal se dirigea aussitôt vers le comte Richard, qui, le voyant approcher, lui cria : « Par les jambes Dieu^! Maréchal, « ne me tuez pas ; ce serait mal : je suis tout désarmé. — Non, a que le Diable vous tue ! » répondit le Maréchal, « car moi je « ne vous tuerai point; » et, frappant de sa lance le cheval, il l'abattit mort, et le comte tomba à terre [8849]. Ce fut un beau coup et qui sauva ceux qui battaient en retraite, car autrement ils eussent été pris ou tués^ Déjà chevaliers et sergents accouraient, lorsque le comte Richard se releva en disant : « Arrê- « tez! ou vous êtes tous perdus. » Ils s^arrêtèrent subitement.
1. Probablement le fils de celui qui est menlionné au commencement du poème. Il figure comme témoin en plusieurs actes de Richard ; voir p. 3, n. 2.
2. Personnage qui devint plus tard célèbre comme sénéchal d'Anjou, du Maine et de Touraine (depuis 1199). Il contribua pour une grande part, comme on le verra plus loin (vv. 12409 et suiv.), au succès de l'expédition qui aboutit à la levée du siège de Mirebeau et à la prise d'Arlur, en 1202. 11 combattit les Albigeois en 1209 et en 1219; voir Chanson de la croisade, édit. de la Société de l'histoire de France, II, 459. Il mourut en 1222. Son histoire a été écrite en détail jusqu'à l'année 1204 par M. G. Dubois, Bibliothèque de l'École des chartes, XXX, 377; XXXII, 88; XXXIV, 502; cf. Beautemps-Beaupré, Coutumes et institutions de l'Anjou et du Maine, 2' partie, I, 286 et suiv. Mais, jusqu'à l'année 1190, époque de son mariage avec Marguerite de Sablé, on n'avait sur lui à peu près aucun renseignement. On ignorait notamment qu'il eût été au nombre des chevaliers de Henri II.