‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 123 sur 404 · LES ANGLAIS SE RETIRENT VERS FRESNAI · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS SE RETIRENT VERS FRESNAI

femme qui pleurait amèrement en tirant ses meubles hors de sa maison en flammes. Le Maréchal flt descendre ses écuyers pour l'aider, et lui-même mit pied à terre pour la secourir, étant compatissant par nature. Il prit une couette de plume qui était enflammée par dessous; il en sortit une fumée épaisse qui pénétra dans son heaume, et Tincommoda tellement qu'il fut obligé de l'enlever [8772].

Quand le roi vint en la cité, l'incendie y entra avec lui *. La ville prit feu en trois ou quatre endroits, tellement que ceux qui étaient avec lui ne purent l'éteindre. Ils y renoncèrent et s'en allèrent. Le roi envoya dans le faubourg chercher le comte de Mandeville [8782]. On prit conseil et la retraite fut décidée. Tous s'acheminèrent vers Fresnai ^. Le Maréchal sortit du faubourg avec eux, cheminant seul ^, tout désarmé, car il n'avait que son pourpoint *. Lorsque les gens de l'ost [de France] virent que le roi [d'Angleterre] abandonnait la ville, ils s'en réjouirent et leur donnèrent la chasse [8801]. Le comte de Poitiers monta à cheval, n'ayant d'autre armure que son pourpoint. Un chapeau de

1. Je traduis les vers 8776-8777 conformément aux corrections proposées en note. Le texte du ms. porte que, lorsque le roi vint en la cité, le feu entra avec lui dans le faubourg {la ville signifie le faubourg distinct de la cité, cf. v. 8742). Mais c'est évidemment l'inverse qu'il faut entendre : l'incendie allumé dans le faubourg gagna ensuite la ville; cf. d'ailleurs le passage cité plus haut de G. de Barri.

2. Fresnai-sur-Sarthe, arr. de Mamers, entre le Mans et Alençon, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de cette dernière ville. Ce lieu est appelé Frenellœ par G. de Barri : « Rex nocle eadem se apud Frenellas c suscepit et mane Andegaviam inde transivit » {De principis instr., III, XXV ; Opéra, VIII, 286; cf. Vita Galfredi, dans G. Cambr. opéra, IV, 369). Je doute que Giraud de Barri ait eu en vue Fresnai-sur-Sarthe, car cette localité est tout à l'opposé de la roule du Mans à Angers. M. Eyton (p. 296) dit « Frenelles, » mais il n'y a pas de lieu ainsi nommé dans la région. Stubbs (édit. de Roger de Howden, II, Ixiij, n. 5) et Miss Norgate (II, 262) se décident pour la Fresnaye (ch.-l. de cant de l'arr. de Maroers), qui est trop au nord. Fresnai-sur-Sarthe, anciennement Fresnai-le- Vicomte, était un lieu fortifié ; voy. Revue historique et archéologique du Maine, XIX (1886), 27.

3. En arrière des autres, comme on le verra par l'épisode qui suit.

4. On a vu plus haut qu'au contraire le Maréchal avait son haubert et son heaume et on ne voit pas à quel moment il aurait quitté ses armes défensives. Peut-être y a-t-il une lacune dans ce qui précède.

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