LES ANGLAIS SE RETIRENT VERS FRESNAI
femme qui pleurait amèrement en tirant ses meubles hors de sa maison en flammes. Le Maréchal flt descendre ses écuyers pour l'aider, et lui-même mit pied à terre pour la secourir, étant compatissant par nature. Il prit une couette de plume qui était enflammée par dessous; il en sortit une fumée épaisse qui pénétra dans son heaume, et Tincommoda tellement qu'il fut obligé de l'enlever [8772].
Quand le roi vint en la cité, l'incendie y entra avec lui *. La ville prit feu en trois ou quatre endroits, tellement que ceux qui étaient avec lui ne purent l'éteindre. Ils y renoncèrent et s'en allèrent. Le roi envoya dans le faubourg chercher le comte de Mandeville [8782]. On prit conseil et la retraite fut décidée. Tous s'acheminèrent vers Fresnai ^. Le Maréchal sortit du faubourg avec eux, cheminant seul ^, tout désarmé, car il n'avait que son pourpoint *. Lorsque les gens de l'ost [de France] virent que le roi [d'Angleterre] abandonnait la ville, ils s'en réjouirent et leur donnèrent la chasse [8801]. Le comte de Poitiers monta à cheval, n'ayant d'autre armure que son pourpoint. Un chapeau de
1. Je traduis les vers 8776-8777 conformément aux corrections proposées en note. Le texte du ms. porte que, lorsque le roi vint en la cité, le feu entra avec lui dans le faubourg {la ville signifie le faubourg distinct de la cité, cf. v. 8742). Mais c'est évidemment l'inverse qu'il faut entendre : l'incendie allumé dans le faubourg gagna ensuite la ville; cf. d'ailleurs le passage cité plus haut de G. de Barri.
2. Fresnai-sur-Sarthe, arr. de Mamers, entre le Mans et Alençon, à une quinzaine de kilomètres au sud-ouest de cette dernière ville. Ce lieu est appelé Frenellœ par G. de Barri : « Rex nocle eadem se apud Frenellas c suscepit et mane Andegaviam inde transivit » {De principis instr., III, XXV ; Opéra, VIII, 286; cf. Vita Galfredi, dans G. Cambr. opéra, IV, 369). Je doute que Giraud de Barri ait eu en vue Fresnai-sur-Sarthe, car cette localité est tout à l'opposé de la roule du Mans à Angers. M. Eyton (p. 296) dit « Frenelles, » mais il n'y a pas de lieu ainsi nommé dans la région. Stubbs (édit. de Roger de Howden, II, Ixiij, n. 5) et Miss Norgate (II, 262) se décident pour la Fresnaye (ch.-l. de cant de l'arr. de Maroers), qui est trop au nord. Fresnai-sur-Sarthe, anciennement Fresnai-le- Vicomte, était un lieu fortifié ; voy. Revue historique et archéologique du Maine, XIX (1886), 27.
3. En arrière des autres, comme on le verra par l'épisode qui suit.
4. On a vu plus haut qu'au contraire le Maréchal avait son haubert et son heaume et on ne voit pas à quel moment il aurait quitté ses armes défensives. Peut-être y a-t-il une lacune dans ce qui précède.