IL SE RÉCONCILIE AVEC SON FRÈRE JEAN
voulut reposer un peu, mais le souci que lui donnait le siège de Verneuil l'en empêcha. Voici qu'entre Jean d^Alençon, l'air affligé et préoccupé. « Pourquoi fais-tu cette mine? » lui dit le roi. a Tu as vu mon frère Jean; ne mens pas. Il a tort d'avoir « peur. Qu'il vienne sans crainte. Il est mon frère. S'il est vrai a qu'il a agi follement, je ne le lui reprocherai pas. Mais quant « à ceux qui Tout poussé, ils ont déjà eu leur récompense ou « ils l'auront plus tard. » Jean fut amené. Il se jeta aux pieds de son frère, qui le releva avec bonté en lui disant : a Jean, « n'ayez crainte, vous êtes un enfant, vous avez été en mau- « vaise garde. Ceux qui vous ont conseillé le paieront. Leveza vous, allez manger. » Et, s'adressant à Jean d'Alençon : a Qu'y a-t-il à manger? » demanda-t-il. A ce moment on lui apporta un saumon comme présent. Il le fit aussitôt mettre à cuire pour son frère ^ [10419].
Mais j'avais oublié de vous conter quelle fête on fît de toute part au roi lorsqu'il arriva en Normandie. Il ne pouvait avancer sans qu'il y eût autour de lui si grande presse de gens manifestant leur joie par des danses et des rondes, qu'on n'aurait pu jeter une pomme sans qu'elle fût tombée sur quelqu'un avant de toucher la terre. Partout sonnaient les cloches. Vieux et jeunes venaient en longues processions, chantant : « Dieu est « venu avec sa puissance. Bientôt s'en ira le roi de France » [10452].
Le roi Richard vint à Chambrais^, où il dîna chez Jean
pendant une partie de l'année 1190, la fonction de vice-chancelier. Il paraît avec ce titre en plusieurs chartes de Richard données en Nonnandie de janvier à juillet de cette année. Rocher Malchael (ci-dessus, p. 113, n. 3) paraît l'avoir remplacé dans cet oITice. Voy. Stapleton, Magni rot. Scacc. Norm., I, clvij, cixix, clxx; Edvv. Foss, The Judges of England, I, 337-8; Beautemps-Beaupré, Coutumes et institutions de l'Anjou et du Maine, 2* partie, I, 227.
1. Selon R. de Dicet (II, 114), la rencontre de Richard avec son frère eut lieu ( apud Bruis t (Brix, Manche). Chez Rog. de Ilowden (III, 252), la réconciliation de Jean avec Richard i»rend place après la lovée du siège de Verneuil par Phili|)pe-Auguste, mais les circonstances de cette récoticilialion ne sont pas indiquées, l'hislorien se bornant à dire «lu'ellc eut lieu par l'entremise de la reine Alienor. Le séjour de Richard à Lisicux n'est pas mentionné ailleurs ({uc dans le poème.
2. Maintenant (depuis 17i2) Broglic, ch.-l. de canl. do l'arr. de Bornai.