‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 17 sur 404 · Comte d'Eu, probablement · texte numérisé non relu

Comte d'Eu, probablement

2. L'attaque de Driacourt ou Nenfchâtel est contée avec des circonstances de détails qui ne se retrouvent point ailleurs et qui, bien que présentées de façon à faire valoir le héros du poème, renferment probablement quelque parcelle de vérité. Mais il ne parait pas que le poète ait eu une idée nette des événements entre lesquels le siège de Drincourt prit place, ni même qu'il ait su dans quelles conditions ce siège eut lieu. Il nous montre le connétable abandonnant la ville au moment où elle est attaquée par les comtes de Flandre et de Ponthieu, Bernard de Saint- Valeri et le comte Mathieu de Boulogne. Mais elle est défendue et finalement délivrée (v. 1092} par le Chambellan et ses hommes, entre lesquels Guillaume le Maréchal se distingue particulièrement. Or les historiens du temps nous présentent les faits sous un aspect tout autre et probablement plus vrai. Le siège de Drincourt est l'un des épisodes de la guerre qui eut lieu en 1173 entre le roi d'Angleterre, Henri II, et le roi de France, Louis VII. Le jeune roi, fils de Henri II, y prit part contre son père, ce que le poète a négligé de dire. La Chronique dite de Benoît de Peterborough nous a donné la liste des partisans du jeune roi, qu'elle qualifie naturellement de traîtres. On y voit figurer le comte d'£u, le chambellan de Tancarville, le comte de Ponthieu, que le poème range parmi les adversaires du Chambellan (v. 835), et notre Guillaume le Maréchal (éd. Stubbs, I, 45-6). Vers l'octave de la Saint-Pierre et Paul (6 juillet), le jeune roi, accompagné du comte de Flandre et de son frère Mathieu de Boulogne (mentionnés aux vers 834 et 837), assiège Drincourt, qui leur est rendu au bout de quinze jours par les deux connétables de la ville, Doon et Thomas Bardoul, qui étaient frères. (Voir sur ces deux personnages la note de M. Delisle, Robert de Torigni, II, 40, note 5.) Pendant le siège, Mathieu de Boulogne avait été blessé mortellement. Tels sont les faits rapportés par la chronique de Benoit (éd. Stubbs, I, 49) et par Robert de Torigni (éd. Delisle, II, 40). On voit que ce récit et celui du poème diffèrent du tout au tout : 1* chez les historiens, Drincourt est assiégé, tandis que dans le poème il n'est parlé que d'un simple combat; 2' les historiens ne font aucune mention, à propos de ce siège, du comte d'Eu, du chambellan de Tancarville ni de Guillaume le Maréchal ; 3* d'après les historiens, ces trois personnages auraient été partisans du jeune roi et par conséquent alliés des comtes de Flandre et de Boulogne, tandis que le poème les fait combattre les uns contre les autres. Peut-être notre poète a-t-il modifié et déplacé les faits pour n'avoir pas à montrer son héros en lutte avec le roi d'Angleterre.

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