‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 18 sur 404 · ET DÉFENDUE PAR LE CHAMBELLAN · texte numérisé non relu

ET DÉFENDUE PAR LE CHAMBELLAN

a honle si on laisse brûler cette ville. » Le connétable répondit : a Vous dites vrai, Chambellan, et, puisque c'est votre idée, allez « la défendre. — Volontiers, sire; je ferai démon mieux. » Sur ce, il entra dans la ville et trouva sur le pont Guillaume de Mandeville, qui fut plus tard comte ^ Il descendit sur le pont 2, pour le défendre à la tête de nombreux chevaliers. Le Maréchal s'avança de telle sorte qu'il se trouva chevaucher côte à côte avec lui. « Guillaume, » lui dit le Chambellan, « retirez- vous en arrière -, ne soyez pas si primesautier. Laissez a passer ces chevaliers. » Guillaume se retira tout honteux, car il se croyait bien chevalier. Il en laissa passer trois devant lui, puis éperonna et se retrouva au premier rang de ceux qui passaient le pont [886].

1. Gaillaume de Mandeville avait succédé, comme comte d'Essex, à son frère GeôflFroy en 1166; c'est donc par erreur que le poète dit, ici et plus loin (v. 1144), qu'il n'était pas encore comte. Plus tard, en 1180, il devint comte d'Aumale par son mariage avec Hadevise, comtesse d'Aumale. Son surnom est écrit, v. 1142, 8782, de Magneville, et, v. 7687, de Manneville, en latin de Magnavilla. On ne sait pas exactement où était située la terre ainsi nommée. M. J.-H. Round {Geoffrey de Mandeville, p. 37) pense que c'était le village de Mandeville, canton de Trevières, arr. de Bayeux, et il s'appuie sur l'autorité de Stapleton, Magni rot. scacc. Normanniœ, II, clxxxviij , ajoutant que cette opinion est partagée par M. L. Delisle, mais il n'a pas fait attention que M. Delisle distingue expressément le Guillaume de Mandeville dont parle Stapleton, de Guillaume de Mandeville, comte d'Essex, disant que ces deux Guillaume n'avaient rien de commun que le nom (Delisle, Magni rot. scacc. Normanniw... fragmentum, dans Mém. de la Soc. des Ani. de Norm., 2' sér., VI, 2* partie, xvi-xvii ; tir. à part, p. 21). Nous restons donc dans l'incertitude quant à Torigine de G. de Mandeville, comte d'Essex. M. Delisle {l. l.) a consacré à ce dernier une note très étendue et très nourrie à laquelle on ne peut que renvoyer le lecteur. Voir aussi l'art, de M. W. Haut dans le Dictionary of national biography, sous Mandeville (William de). Guillaume de Mandeville, comte d'Essex et d'Aumale, fut un personnage très considérable, qui joue à plusieurs reprises un rôle important dans l'hi.stoire d'Angleterre, de 1173 à 1189, époque de sa mort. On ne voit pas à quel propos il est ici mentionné. Il ne paraît pas, en etïel, qu'il ait assisté au siège de Drincourt, et, s'il y avait pris part, c'eût été dans les rangs des adversaires du Chambellan, car il était resté fidèle à Henri H (Ben. de Peterb., I. 51).

2. Neufcbâtel est longé, du côté de Touest, par une petite rivière appelée la fiéthune. Le pont dont il s'agit ici sera appelé tout à l'heure « le maître pont. »

18 EXPLOITS DE GUILLAUME LK MARÉCHAL. [1173

lis se rencontrèrent avec leurs ennemis, qui entraient par force en la ville. Les deux troupes se heurtèrent au galop. Tel fut lo clïoc qu'on n'eût pas entendu Dieu tonner*. Le Maréchal, ayant hrisé sa lance, mit l'épéc à la main et inspira tant de hardiesse à ses compagnons qu'ils firent repasser la porte à l'ennemi, et le reconduisirent jusqu'au pont de la chaussée 2. Mais ils étaient trop peu nombreux. Des forces supérieures fondirent sur eux par la chaussée d'Eu, et ils furent contraints de battre en retraite, ce qu'ils firent en combattant. Ils furent ainsi ramenés de force jusqu'à la tête du maître pont 3. Nouveaux exploits de Guillaume. Il y avait aux fenêtres des dames, des chevaliers, des bourgeois, des bourgeoises, qui s'écrièrent : « Sei- « gneurs normands, venez en aide au Maréchal. Nous souffrons « de le voir combattre avec tel désavantage. » Les hérauts et les ménestrels se mettent à sa suite et proclament sa vaillance^. Les Normands, revenant à la charge, repoussèrent leurs adversaires. La bataille eût été gagnée, lorsque le comte Mathieu de Boulogne survint à la tête de troupes fraîches [1020]. La lutte recommença. Quatre fois les Normands ramenèrent leurs ennemis jusqu'au pont de la chaussée. C'est vérité que les défenseurs l'emportèrent sur les assaillants. Le Maréchal rentrait chez lui* lorsque des sergents flamands l'accrochèrent par l'épaule avec un croc de fer. Ils s'y mirent plus de treize pour l'abattre de son cheval; il réussit toutefois à se dégager, mais son cheval avait reçu tant de blessures qu'il en mourut [4082].

Les bourgeois, voyant la prouesse du Maréchal, reprirent courage : ils courent s'armer ; les femmes sortent des maisons avec des haches, des bâtons, des massues, et achèvent la déroute de leurs ennemis. Quand la ville eut été ainsi délivrée par le

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