LE ROI DE FRANCE CHERCHE A NÉGOCIER
assez, et beaucoup se rendirent au roi Richard, dont le roi de France eut grand ennuie Finalement, il manda secrètement ses barons pour prendre conseil. On lui dit : « Si vous ne trai- « tez par l'intermédiaire de la cour de Rome, vous ne vous en a tirerez pas » [^-1354].
Le roi de France était fin et plus rusé qu'un renard. Il comprit bien qu'il n'y avait rien autre à faire. Il appela un de ses clercs et lui bailla les reliques sans lesquelles à Rome on ne réussit point, car toujours il convient d'oindre les paumes à la cour de Rome. Il n'est pas besoin d'y chanter d'autres psaumes. Les reliques de saint Rufin et de saint Albin, qui sont des bons martyrs de Rome, y ont grande puissance 2. Autrement, tout
1. Richard avait acheté le concours de plusieurs des principaux vassaux de Philippe-Auguste, notamment du comte de Flandre (R. de Dicet, IV, 152, 153, 158; cf. Rymer, I, 67-8).
2. Il y a ici un jeu de mots qui a eu le plus grand succès au moyen âge. Saint Rufin et saint Albin personnifient l'or rouge et l'argent blanc. On disait plaisamment dès le xii« siècle :
Presulis Albini seu martyris ossa Rufini Rome quisquis habet vertere cuncta valet. Ce distique est cité au commencement du xiii° siècle dans les sermons sur les épîtres du dimanche de l'Anglais Eude de Cherilon (ms. de Toulouse, n» 252, fol. 169 b), où le copiste a eu soin d'ajouter, à côté à' Albini, € scil. slerlingi », et à côté de Rufini, « scil. aurei », On le trouve encore dans la chronique du frère Mineur italien Salimbene {Giornale storico délia lelieratura italiana, I, 416); chez Albert de Beham, archidiacre de Passau (éd Hœfler, p. 72) ; dans un manuscrit du xii" siècle conservé à Munich {Anzeiger f. Kunde d. deutsdien Vorzeit, année 1873, col. 101); dans un manuscrit du xiii° siècle conservé à Saint-Omer [Notices et extraits des mss., XXXI, Impartie, 122). G. Bucheler les a recueillis dans sa rvwjioXoyCa (Coloniœ, 1639, p. 216). La même facétie a été au moyen âge l'objet d'allusions sans nombre. Ainsi dans les Carmina burana (p. 15) : Doctores apostolici Et judices catholici Quidam colunt Albinum Et diligunt Rufinum.
Garnier de Pont-Sainte-Maxence, dans sa vie de Thomas de Cantorbéry (éd. Ilippeau, p. 81), emploie dans le même sens les noms de Sorel et de Blanchart :
Li reis {Henri II) ert riches hocm, sages e de grant arl, Sont bien que r^rdonal sunt pernant e Lumbârt,
16t INTERVENTION DE LA COUR DE ROME. [1198
ce que peuvent dire lois ni légistes ne vaut une pomme. Telle est leur coutume, et quiconque n'est pas muni de ce genre de reliques a de la peine à passer leur porte [^-1372].
Ils* décidèrent en consistoire de faire quelque chose pour le roi de France : ils lui enverraient un cardinal qui lui ferait sa besogne bien et sans délai. Celui qui vint eut nom maître Pierre* [-1^379]; c'était un homme rusé et trompeur et artificieux en son langage. Il avait été à une école où on lui avait appris la manière de tourner les choses sens devant derrière. A son arrivée en France, le cardinal fut reçu avec grandes démonstrations de joie par le roi et par tous ses barons, car on voyait que c'était un homme rusé et habile. Le roi lui fit connaître l'état de ses affaires et se mit entièrement entre ses mains. Le cardinal l'engagea à conclure la paix ou à prendre une longue trêve. Le roi s'en tint à son avis, voyant bien qu'il le fallait [44406].
Il envoya donc au roi d'Angleterre des messagers courtois et
Coveitus simt d'aveir plus que vilein d'essart. Li reis ad dons privez, Sorel e dant Blanchart : Tost funt del boen malveis e del hardi cuart. On faisait des plaisanteries du môme genre sur saint Marc.