Tous ces détails sur la prise de Milli sont nouveaux
iSO L'ÉVÉQUE DE BEAUVAIS FAIT PRISONNIER. [1198
Sur ces entrefaites arriva Marcadé, qui avait eu la chance de prendre ce jour-là Tévêque de Beauvais et avec lui sire Guillaume de Mello^ 11 y avait nombre d'autres prisonniers que les routiers menaient liés ensemble, la hartau cou, comme des lévriers en laisse. 11 y en avait tant dans la ville qu'on ne savait où poser le pied. Marcadé présenta au roi son évêque, qui lui avait fait une guerre acharnée et souvent lui avait ravagé sa terre. Le roi en eut grande joie, car sachez que c'était un des hommes qu'il haïssait le plus. 11 le lui fit bien voir, car il le mit en dure prison 2. L'ost était dans la joie, tant pour les prisonniers que pour la prise du château. Certains dirent que c'était une faute de ne pas prendre Beauvais, maintenant sans défense^. Le roi calma leur impatience et revint à Gournai, où il fît le partage de ce butin [11305].
La guerre dura tant que le roi fut en vie'*. Les Français lui voulaient du mal, mais ils ne réussirent pas à prendre le dessus, malgré leurs efforts répétés. La guerre dura si longtemps, avec des chances diverses, que le roi de France se fatigua, car tout ce qu'il dépensait était en pure perte. Le roi Richard le tenait si court qu'il ne savait comment se retourner : toujours il le trouvait devant lui. Les Français finirent par en avoir
1. Le père ou le fils? L'un et Tautre, selon Rog. de Howden (IV, 16) : c Willelmus de Merlou et filius ejus. » On a vu plus haut (p. 146, n. 1) que, selou Rigord (§ 122), le liis, t Guillelmus de Merloto juvenis, > aurait été pris antérieurement à Courcelles. Mais la question est précisément de savoir si l'affaire de Courcelles est antérieure ou postérieure à la capture de l'évêque de Beauvais et de Guillaume de Mello; voy. ci-dessus, p. 148, note.
2. il parait en effet que Richard traita l'évêque avec beaucoup de dureté. Des réclamations furent adressées par de hauts dignitaires ecclésiastiques (voy. les lettres publiées par M. Wattenbach, Neues Archiv, VI, 173 et suiv.), et la cour de Rome intervint sans succès. On trouvera plus loin (p. 154) un dernier écho de ces réclamations dans la tentative faite en faveur de l'évêque par le cardinal Pierre de Capoue lors de son entrevue avec Richard.