LE CARDINAL PIERRE DE CAPOUE
habiles pour lui demander une entrevue entre le Goulet* et Vernon [>H418]. Le roi Richard y consentit. Il se rendit au Goulet, accompagné de ses barons, n'ayant aucune autre prétention que de ravoir sa terre [-('1424].
Le roi Philippe, le rusé, qui savait bien faire l'orgueilleux, ne daigna pas venir à Tentrevue. Il s^en dispensa pour faire l'important. Le roi Richard attendit longtemps et vit bien que Philippe, par outrecuidance, ne viendrait pas. Mais le légat, qui était plein d'artifice et de détours, y vint pour lui. Il était plus jaune que pied d'escoufle. Il fit le saint homme, le bon apôtre, lorsqu'il fut en présence du roi Richard. Il le salua au nom de Dieu et de la cour de Rome, qui avait pour lui l'amour et l'estime dus à un fils de sainte Église, et le roi Richard à son tour le salua respectueusement comme cardinal et père spirituel. « Sire, » dit le cardinal, « je viens de la part du roi de « France, qui est, ce me semble^ plein de bon vouloir et dési- « rerait vivement faire la paix, si c'est aussi votre désir. — a Gomment faire une paix durable? Je réclame ce qui m'a été a pris; et quand le roi m'aura ressaisi de ma terre, je l'en ser- € virai loyalement et le tiendrai quitte des dommages qu'il a m'a causés et du serment quMl n'a pas tenu de ne faire aucun « mal en ma terre ni à mes hommes, lorsqu'il serait revenu en « France^, jusqu'au quarantième jour après mon retour. Je le « tiendrai quitte de tout cela et ne lui en parlerai jamais s'il a a vraiment le désir de faire paix. Mais autrement, beau sire, « il n'y a pas de paix possible entre nous [^11486]. — Sire, » répondit maître Pierre, « je n'oserais pas vous promettre cela, a Personne ne pourrait le décider à rendre tout ce qu'il a pris. « Son conseil n'en est pas d'avis et ne l'y engagera jamais.
1. Le Goulet, comm. de Saint-Pierre d'Autils, cant. de Vernon. Selon Rog. de Howden (IV, 79-80), il y aurait eu, le jour de la Saint-Hilaire (13 janvier 1199), entre Andeli et Vernon, une entrevue des deux rois, Philippe sur la rive, à cheval, et Richard parlant du bateau sur lequel il était venu. Dans cette entrevue, les deux rois auraient simplement pris jour pour l'entretien dans lequel la trêve fut prise par l'entremise du légat. Mais on va voir que, d'après le poète, le légat ne réussit point à lai tout seul à obtenir cette trêve.