LA NOUVELLE EN VIENT AU MARÉCHAL
Le moine dit courtoisement son message, annonçant la prise d'Arthur, de Geoffroi de Lusignan, du comte de la Marche, de Savari de Mauléon et des autres hauts hommes qui tenaient pour Arthur^ [I2^58J. Le Maréchal se réjouit fort et dit au moine : « Vous irez porter cette nouvelle en Tost de France, au a comte d'Eu^, à Arques, pour lui faire plaisir. — Sire, » dit le moine, « je vous demande grâce. Si j'y vais, il sera si furieux a qu'il pourrait bien me faire tuer. Envoyez un autre que moi. ce — Moine, ne cherchez pas d'excuses : c'est vous qui irez. Il a n'est pas d'usage en ce pays-ci de tuer les messagers. Allez a tôt; vous le trouverez en l'ost » [4 2^1 82].
Le moine alla grand train à Arques et communiqua au comte
Isabelle de Varenne, fille de Guillaume, comte de Varenne et de Surrey, et veuve de Guillaume de Blois (fils du roi Étieune de Biois), comte de Mortain et de Boulogne. Ce Hamelin Plantegenet mourut en 1202, précisément dans l'année à laquelle se rapportent les événements ici racontés (Dugdale, Baronage of England, 1, 76). Ce peut être aussi son fils et successeur, Guillaume, qui figure plus loin dans le poème. Varenne était un fief dépendant de Bellencombre (arr. de Dieppe).
1. Il y a dans le tome I des Rotuli litteraruîn pateniium de nombreux actes, du mois d'août 1202, relatifs aux prisonniers faits par le roi Jean à Mirebeau. Th. D. Hardy en a traduit un certain nombre dans son introduction, p. x-xi. On sait par Roger de Wendover (1, 315) et par d'autres historiens que ces prisonniers furent traités avec cruauté. Plusieurs seraient morts de faim dans le château de Corfe. M. G. Dubois a groupé les renseignements qu'on possède sur ce sujet dans ses Recherches sur Guillaume des Roches (Bibl. de l'Éc. des chartes, XXXIi, 141-5). On remarquera que le poète garde le silence sur ces circonstances comme sur le sort du jeune Arthur.
2. Raoul d'Exoudun, seigneur de Melle en Poitou, devenu comte d'Eu par son mariage avec Alice, fille de Henri, comte d'Eu. 11 était frère de Hugues IX le Brun, comte de la Marche, à qui Jean avait enlevé sa fiancée. Il tirait son surnom d'Exoudun (Deux-Sèvres) et non dissoudun (Indre), bien qu'il soit appelé « Radulfus de Issotidun » par Rog. de Howden (IV, 161). M. Delisle [Bibl. de l'Éc. des chartes, 4" série, H, 517, 537) a rectifié diverses erreurs commises au sujet de ce personnage par les auteurs de l'Art de vérifier les dates. En 1201, le roi Jean, selon Rog. de Howden (IV, 161), avait essayé de le dépouiller de son château de Driencourl (Neufchàlel en Bray), ou même le lui aurait enlevé selon G. Le Breton {Phit., Vï, 07-9); cf. Staplelon, Magni rot. scacc. yorm., Il, ccxxij-ccxxiij. Il mourut an mois d'avril ou de mai 1210 (Delisle, loc. cit., p. 516).