INCENDIE A ROUEN
a tous seigneurs et maîtres. — Par foi ! » répondit le roi, « c'est a bien naturel : c'est niaintenant un marchandage. Il en est d'eux a comme des torchas qu'on jette dans les latrines quand on s'en « est servi. » Le Maréchal n'en demanda pas davantage. 11 prit congé du roi et se rendit à Falaise, où était le roi % à qui il rendit compte de sa mission [>I2704].
Le roi s'en revint droit à Rouen 2. Il arriva en ce temps que la ville fut incendiée et que le feu prit à la tour^ et l'eût détruite de fond en comble si Etienne de Longchamp^ qui y était emprisonné, ne s'était mis à éteindre le feu. Elle fut sauvée grâce à lui. Un de ses amis le dit au roi, qui lui en sut gré. On parla alors de sa délivrance [12720]...^.
f traître. Oq doit l'écarteler avec des chevaux, le brûler sur le bûcher, c et là où sa cendre tombe il ne croît plus d'herbe et le labour reste inuc tile ; les arbres et la verdure y dépérissent, n
1. Le roi Jean séjourna à Falaise du 30 janvier au 1" février.
2. La présence du roi est constatée à Rouen du 3 au 19 février.
3. Une grande partie de la ville de Rouen brûla en octobre 1200 (Chéruel, Hist. de Rouen pendant l'époque communale, I, 79, 80). Est-ce à cet incendie que l'auteur fait allusion ?
4. Etienne de Longchamp fut l'un des otages donnés à Philippe-Auguste par Richard lors du traité de juillet 1193 (Rog. de Howden, III, 220). Il avait été sénéchal de Richard, qu'il accompagna en Palestine [L'Estoire de la guerre sainte, vv. 9318, 10075, 10488). Il avait des possessions en Angleterre et en Normandie et fut, au commencement du règne de Jean, sénéchal de cette province (Stubbs, préface du t. III de Rog. de Howden, p. XL, note 1 ; Slapieton, Magni rot. scacc. Nurm., I, cxlj, II, cxj, cxij, cxiv-cxvij). Après la conquête de la Normandie, en 1204, il passa au service du roi de France (Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., n°" 961, 1446). Eniin, il combattit à Bouvines dans les rangs de l'armée française et y fut tué aux côtés du roi (G. Le Breton, Chronique, ^ 192j. On ne savait pas jusqu'ici qu'il eût été emprisonné dans la tour de Rouen. Les mentions qu'on trouve sur lui dans les documents de l'administration anglaise (mentions relevées par Slaplelon, op. cit.), ne font aucune allusion à cette circonstance. Quelle qu'eût été la cause de ce trailemenl, Etienne doit être sorti de prison un peu avant l'époque qu'indique le poète, car en juillet 1202 le roi lui fit payer 100 livres angevines, et le 23 novembre de la môme année il lui Ht rendre une terre (Hardy, Rot. Norm., p. 58 et 113). Il dut, lors de sa délivrance, donner ses deux fils en otage. L'un et l'autre lui furent rendus successivement par lettres patentes du G septembre et du 28 novembre 1204 {Rot. litt. pal., I, 45 a, 48 a).
5. Il parait évident qu'il y a ici une lacune. Suit un dialogue (vv. 12721-