‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 2 sur 404 · JEAN LE MARÉCHAL PARTISAN DE L'IMPÉRATRICE · texte numérisé non relu

JEAN LE MARÉCHAL PARTISAN DE L'IMPÉRATRICE

avait épousé une femme de haut parage, belle et bonne, agréable, bien élevée. Ils vécurent heureux ensemble pendant de longues années et eurent deux fils : jusqu'à Saint-Jacques [de Composlelle], on n'eût trouvé si beaux enfants. L'un eut nom Gillebert, l'autre Gautier. Lorsqu'ils furent en âge, ils devinrent chevaliers. Ils avaient bien commencé, mais la mort, qui porte envie aux bons, ne souffrit pas qu'ils vécussent longtemps [88]. il arriva que l'un d'eux tomba malade à Salisbury. Rien ne put le sauver. Ce fut une grande douleur. Son frère jouait aux échecs lorsqu'il vit venir à lui un valet*. « Sais-tu des nouvelles de « mon frère? » lui demanda-t-il en hâte. — « S'il plaît à Dieu, il « sera sauvé^. — Oh ! » dit le jeune homme, « mon frère est « mort ! » Puis il tomba dans une telle douleur qu'il refusa toute nourriture et mourut de chagrin^ l^^^]-

Je ne pourrais vous conter tous les exploits du bon maréchal Jean, car je ne les connais pas tous. Qu'il suffise de dire qu'en son temps Angleterre fut en guerre et en discorde ; car certains des barons se rangèrent du côté d'Etienne, parce qu'il était roi et sacré; les autres disaient au contraire que l'héritier en ligne masculine devait avoir la couronne [-139]. A l'occasion de cette guerre, le comte Patrice de Salisbury ^ guerroya fort le Maréchal, ils se firent mutuellement beaucoup de mal. A ce jeu, l'un perd et l'autre gagne. 11 y eut mainte lance brisée, mainte large mise en pièces, maint chevalier tué ou fait prisonnier, et mainte

1. Au sens ancien : jeune homme attaché à la personne d'an seigneur.

2. C'est ainsi que J'interprète les mots c il fera bien » (?. 106), qui sont, à dessein, obscurs.

3. M. Round a établi, dans une lettre publiée par le journal The Academy (9 juillet 1892), que Jean le Maréchal était mort dès 1165 et qu'il avait laissé ses biens à ses fils Gilbert et Jean (ce dernier issu d'un second mariage, voir plus loin, p. 8). 11 conclut que le poète s'est trompé en faisant mourir Gilbert et Gautier du vivant de leur père et de leur mère. Mais le poète ne prétend pas suivre ici l'ordre chronologique. Ayant parlé de lu naissance de ces deux enfants, il les suit jusqu'à leur mort, sans dire qu'ils soient morts avant leur père.

4. Patrice n'eut que plus tard le litre de comte de Salisbury. Il était alors simplement connétable de Salisbury (Round, Geo/frey de Mandeville^ a study of Vie Anarchy, London, 1892, p. 194J. Nous n'avons d'ailleurs aucun renseignement sur cette guerre entre Jean le Maréchal et Patrice. Voy. p. 8, note 2.

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