J LE MARÉCHAL Y PREND DES HOMMES ET DES CHEVAUX
nir. On lui aurait mis quinze freins qu'on ne l'eût pas arrêté. Le Maréchal s'avisa de lui allonger de trois bons doigts la bride, de façon que le mors lui descendît jusque sur les dents. Il s'en trouva bien. Le cheval ainsi bridé se laissait tourner en une demi-acre de terre ^ comme l'animal le plus doux du monde [^302].
Le jour du tournoi, les chevaliers se tinrent devant leurs refuges^ jusqu'au moment où ils furent armés, puis ils chevauchèrent par pelotons, en rangs serrés et sans désordre. Et sachez que devant les lices on ne fit pas de joutes avec conventions^. La chance était de tout perdre ou de tout gagner. Le Chambellan se tint en arrière. Quarante chevaliers ou plus suivaient sa bannière. Le roi d'Ecosse était présent avec une suite nombreuse'*. LeMaréchal se lança sur sire Philippe de Valognes^, chevalier bel et élancé, le saisit par le frein et l'entraîna de force hors du tournoi. Puis, ayant pris sa fiance, il rentra dans la mêlée et fit successivement deux nouveaux prisonniers. Gomme il faisait descendre de cheval le second, un chevalier s'approcha de lui, disant : « Puisque je suis à la prise, je dois
1 . L'acre anglaise était au moyen âge un espace beaucoup moindre que de nos jours ; voy. Du Cange, agra.
2. H sera question plus loin encore (v. 3249) de ces lieux de refuge (recès) qui étaient ou fortifiés ou protégés par une convention, de sorte que les chevaliers du tournoi y trouvaient un abri. H est parlé en d'autres poèmes encore de ces recès. Ainsi, dans le Roman de Sone de Nausay on voit Sone rentrer au recet pour y changer d'armes (Scheler, Notice et extraits de deux mss. français de la bibliothèque de Turin, Bruxelles, 1867, p. 45).