EXPÉDITION DU ROI EN IRLANDE
recueillit de bon cœur, lui, sa femme et ses enfants. Pendant vingt jours il l'hébergea [-14 4 98].
Quand l'évêque, qui était grand juge et seigneur de la terre, rapprit, il lui manda sur un ton arrogant qu'il avait hébergé le traître du roi, et lui enjoignit de le lui livrer sans délai. Le Maréchal répondit aux messagers : « Je n'ai pas de traître ici. a J'ai hébergé monseigneur Guillaume comme je le devais, d'aua tant mieux que j'ignorais que le roi eût aucun grief contre « lui. Et, dès que je l'ai hébergé, je ferais une trahison si je a vous le livrais. Je le conduirai en sûreté jusqu'à ce qu'il soit a hors de ma terre. L'évêque ne doit pas me demander ce qui « serait pour moi une cause de reproche. » Il conduisit en effet Guillaume de Briouze jusqu'à Gautier de Laci [-14232].
L'évêque ressentit vivement le refus du Maréchal. Il s'empressa de faire savoir ces nouvelles au roi, qui en fut très irrité, et manda aussitôt au Maréchal de venir à lui. Celui-ci obéit. Peu après son arrivée, le roi fit rassembler son ost pour passer en Irlande ^ A la Pentecôte^, il vint à Pembroke, et, à la Saint- Jean après, il arrivait à Kilkenni^, où on lui fît un riche accueil, car toute l'ost vécut ce jour-là aux frais du comte. De là le roi se rendit à Dublin *, puis il alla assiéger Carrickfergus^ [-1 4270]. Le château était fort et en état de défense. Toutefois, par peur,
1. On trouvera la liste des chevaliers qui accompagnèrent le roi dans le Rotulus de presiito de l'année 1210 {Rotuli de libérale ac de misis et prestitis, p. 176, 179, 180, etc.).
2. Ce jour-là (6 juin 1210) et les jours suivants, le roi était, non pas précisément à Pembroke, mais à Cross-on-the-Sea, tout à côté.
3. Le 16 juin, Jean est encore à Cross-on-the-Sea; c'est sans doute ce jour-là ou le jour suivant qu'il s'embarqua, puisque le 20 il est en Irlande, à Crook près de Waterford, d'où, en passant par Newbridge et Thomastown, il arriva le 23 à Kilkenni.