IL SE RÉFUGIE EN IRLANDE AUPRÂS DU MARÉCHAL
Guillaume ne pul résisler à la guerre quMl lui faisait. 11 se réfugia quelque temps en Galles, mais, n'osant pas se fiera ses gens, il dut se résigner à s'embarquer en plein hiver. Trois jours et trois nuits il vogua avec sa femme et ses enfants. Il arriva, par une tempête violente, près de la terre d'Irlande [141 72]. Ceux qui étaient à terre s'attendaient à les voir se noyer. Son but était de joindre Gautier de Laci, son gendre% auprès de qui il espérait trouver un reftige-, mais le flot le poussa jusqu'à Wicklowoù le comte Maréchal séjournait alors [141 87]. Celui-ci, apprenant la venue de Guillaume, alla au-devant de lui et le
roi, à Hereford, céda ses châteaux de Galles en garantie de sa dette, donna hypothèque sur ses biens en Angleterre et s'engagea à remettre des otages, parmi lesquels un de ses fils. Mais il ne tint pas sa promesse, essaya de reprendre ses châteaux et brûla la moitié de la Tille de Leoroinster, tuant plusieurs des hommes du roi. Puis il s'enfuit en Irlande avec sa femme et ses (ils, où il fut reçu par Guillaume le Maréchal et par Gautier et Hugues de Laci (ce que le poète conte plus loin). Le roi rassembla son armée, et, s'étant rendu à Pembroke, se disposa à passer en Irlande. G. de Briouze vint le trouver et lui offrit 40,000 marcs pour avoir la paix. Le roi, avant d'accepter, lui enjoignit de l'accompagner en Irlande, où Mathilde était restée. G. de Briouze refusa. Mathilde, cependant, apprenant l'arrivée du roi, voulut fuir en Ecosse avec ses enfants et Hugues de Laci. Elle fut prise avec sa fille et son fils par un chef de Galway, Duncan de Carrick, qui la livra au roi, alors qu'il était au siège de Carrickfergus. Mathilde offrit au roi une rançon de 50,000 marcs, mais, l'arrangement conclu, elle dut déclarer qu'elle n'avait pas cette somme. Le roi termine en déclarant G. de Briouze banni (outlaw), selon la loi d'Angleterre. Ce document, qui n'est pas daté, doit avoir été écrit en août 1210. Il est vraisemblable que Jean, selon son habitude, n'a pas dit toute la vérité. Selon Roger de Wendover (II, 48-9) et Mathieu de Paris {Chron. maj.y II, 523-4), Jean, après la publication de l'interdit, aurait craint que le pape en vînt à délier ses sujets du serment de fidélité, et aurait cru prudent d'exiger des principaux d'entre eux la remise d'otages. G. de Briouze s'y serait refusé, et sa femme, Mathilde, aurait dit, en un moment d'emportement : <c Je ne livrerai pas mes enfants au roi qui a t tué son neveu Arthur. » Ces paroles, rapportées au roi, auraient été la cause de son irritation contre G. de Briouze et sa femme. On verra plus loin (p. 197, note 5) comment il traita cette dernière. — A propos de l'accusation portée par Mathilde contre le roi Jean, il est à noter que, selon G. Le Breton (PhiL, VI, 480), G. de Briouze avait refusé d'être complice de l'assassinat d'Arthur.
1. Gautier de Laci avait épousé Marguerite, fille de Guillaume de Briouze; voir Dici. ofnal. biogr., XXXI, 391 b.