‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 228 sur 404 · IL EXIGE DES OTAGES · texte numérisé non relu

IL EXIGE DES OTAGES

Herbert S et fit savoir par eux au Maréchal qu'il ne voulait pas avoir d'autres otages que les hommes dont il lui avait parlé. De ceux-là le comte n'avait auprès de lui que deux, Gautier Porcel et Jean d'Erlée [-14366]. Il leur demanda leur consentement qu'ils accordèrent sans hésiter. Le comte remit donc au roi son château en gage et ses otages devant la cour assemblée. Mais le roi, qui était insatiable dans ses demandes, exigea encore des pleiges à prendre parmi les autres barons que le Maréchal avait amenés. Ceux que le roi voulut avoir consentirent, excepté un seul, David de la Roche [14402], qui refusa net, disant que le Maréchal avait eu des torts envers lui et que par conséquent il n'était pas tenu de le pleiger. Le Maréchal dit alors : « Pour Dieu! sire, écoutez-moi. Demandez à ces barons « si jamais j'ai fait tort à David, qui, en cette circonstance, « refuse de me pleiger. » Et le roi le demanda aux barons. Ceux-ci répondirent unanimement que jamais ils n'avaient ouï dire que le Maréchal lui eût en rien méfait. David fut couvert de confusion [14428].

Lors de la remise des otages, il arriva que sire Pierre Fils Herbert cherchait une place pour s'asseoir. Ceux qui étaient près de David se levèrent pour lui faire place. Mais il leur dit : a Seigneurs, pour rien au monde je ne m'asseoirais auprès du a traître qui a failli à son seigneur. » Cette parole fut approuvée de la plupart de ceux qui l'entendirent [14444].

Le roi mit séparément ses otages en garde : Jourdain à Gloucester, Thomas à Winchester, Jean à Nottingham, où il eut à souffrir assez de misères, Gaufrei à Hereford. Ce dernier tomba malade en sa prison et n'en sortit que mort, Gautier Porcel fut confié en garde à Pierre Fils Herbert, de qui il n'eut qu'à se louer. Pendant près d'un an les otages furent en prison, bien à

1203, contre Philippe-Auguste, la Roche-d'Andeli (Rog. de Wendover, I, 318), et fut pris, en mars de l'année suivante, dans une sortie. Il mourut en 1211 (ibid., II, 58). Voir Dict. of nat. biogr., XXXI, 388.

1. Chevalier du roi Jean qui paraît comme témoin dans un très grand nombre d'actes royaux depuis 120i. Il avait des biens en Galles (liof, lut pat., I, 86 6, QJ6). Rog. de Wendover (II, 60; cf. Math, de Paris, Chron. maj., H, 533) le mentionne parmi les conseillers « iniquissimos » du roi Jean, dont il abandonna toutefois le parti. H iigure dans le préambule de la Grande Charte (1215); voir Dugdale, Baronage, 1, 624.

200 GUERRE CONTRE LLEWELYN. [1212-3

tort, car celui pour qui ils s'étaient mis en celte situation n'avait rien fait de mal [444721.

C'est alors que commença la guerre entre le roi et Llewelyn*. Le roi manda alors le Maréchal envers qui il s'était montré si peu bienveillant. Il lui rendit ses otages sans beaucoup se faire prier ^, car c'était sa coutume de tenir ses prud'hommes éloignés de lui Jusqu'au moment où il avait besoin d'eux. Mais Tinstant de la délivrance arriva trop tard pour Gaufrei Fils Robert [i 4486].

La guerre terminée, le Maréchal demanda congé d'aller en Irlande, et il l'obtint. Tandis qu'il y séjournait, le roi de France fit préparer sa flotte pour envahir l'Angleterre, à laquelle il portait envie et qui lui avait été promise 3. A cette nouvelle,

1. Il s'agit sans doute de l'expédition de Jean dans la Galle do Nord, qui dura du 8 juillet au 15 août 1211 (Rog. de WendoTer, II, 58; Math, de Paris, Chron. maj., II, 531). Nous n'avons du reste aucune preuve que le Maréchal y ait pris part, en dehors de l'assertion du poème. Il y a bien, dans le Cal. of doc. rel. to Ireland, n* 435, une lettre par laquelle le roi enjoint au Maréchal d'être auprès de lui à Chester, le 19 août, à la tête de 200 chevaliers ; mais cette lettre est attribuée par l'auteur du Calendar à l'année 1212, où, en efiet, le roi Jean entreprit contre les Gallois une nouvelle expédition qui n'aboutit point (voy. Rog. de Wendover, II, 61; Math, de Paris, Chron. maj., II, 534; Raoul de Coggeshall, p. 164-5). — Philippe-Auguste avait fait alliance avec Llewelyn, comme le prouve une lettre de ce dernier, malheureusement sans date, mais qu'on s'accorde à rapporter en 1212, qui est conservée en original au Trésor des chartes et qui a été publiée dans D. Bouquet, XYIII, 168, note, et dans les Layettes du Trésor, n* 1032 (Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., n» 1416).

2. Les quatre otages mentionnés ci-dessus, mais non pas ses fils, livrés au roi antérieurement (p. 182, 185), qui restèrent sous la main du roi (voy. plus loin).

3. Par le pape Innocent III, à la suite d'une entrevue avec Etienne de Langton, qui s'était plaint à lui de la persécution que Jean exerçait contre le clergé d'Angleterre; voy. Rog. de Wendover, II, 63. C'est dans une assemblée tenue à Soissons le 8 avril 1213 que les barons de France promirent à Philippe-Auguste leur aide pour l'expédition projetée (G. Le Breton, Chron., g 165 ; Phil., IX, 160 et suiv.). Mais les visées du roi de France sur l'Angleterre remontaient plus haut (voy. la note de M. Delaborde, Œuvres de Eigord et de G. Le Breton, I, 245-6 ; cf. des actes relatifs à cette expédition dans Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug., n'* 1437-9). Le roi de France était, en mai 1213, à Boulogne, où sa flotte était assemblée, lorsque diverses circonstances, la soumission de Jean au

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