EXPÉDITION DU ROI JEAN EN POITOU
avec sa grande ost mise en déroute^ [14648]. Le comte de Salisbury cingla vers Angleterre, mais, avant d'aborder, il eut à soufifrir une grande tempête. Les nefs n'arrivèrent pas ensemble, mais, ballottées par la tourmente, elles furent entraînées jusqu'en Northumberland^. Mais, grâce à Dieu, ceux qui les montaient échappèrent sains et saufs [14658].
Le roi d'Angleterre se réjouit de ces nouvelles et rendit grâce à Notre Seigneur de Thonneur qu'il lui avait fait. S'il lui avait rendu la pareille en bonnes actions, il eût agi sagement. Mais c'est ce qu'il ne fit pas, et ce fut grand dommage. Le roi passa dans le pays l'été et l'hiver, en joie et en paix, jusqu'au carême suivant. Alors le Maréchal et les hauts hommes lui conseillèrent de faire une expédition en Poitou [14675]. Il rassembla aussitôt son ost et s'embarqua^. Il se croyait assuré d'obtenir ce qu'il cherchait, car les comtes de Flandres et de Boulogne étaient ses alliés'' [14690]. Il les mit ensemble et leur adjoignit son frère le comte de SalisburyS. Mais il ne faut pas
1. Cela n'est point exact, le roi de ^ance au contraire chassa les Anglais; voir la note précédente.
2. Selon VHist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre (p. 134) les comtes de Salisbury et de Boulogne s'arrêtèrent d'abord dans l'ile de Walcheren, « et Hues de Boves et Jehans li lils Huon et toute la navie c s'en repairierent en Engletierre ; si orent si grant tormente que a paines c que il ne furent tout perellié. »
3. Le roi Jean partit de Yarmouth (lie de Wight) le 9 février 1214. Il arriva à la Rochelle le 15 du même mois, veille du premier dimanche de Carême. Ces dates résultent de l'itinéraire dressé par D. Hardy. Math. de Paris place le départ de Jean le 2 février et son arrivée à la Rochelle le 8 {Chron. maj., II, 572).
4. Dans le texte « sis empris ». C'est du reste l'expression qu'emploie le comte Ferrand de Flandres dans l'acte par lequel il s'allie avec Jean : « Notum sit... quod ego Ferrandus Flandrie et Hanoie comes, imprisius « sum karissimi domini mei J. Dei gratia régis Anglorum, etc., contra « Philippum regem Francie et Ludowicum filium suum... » L'acte est daté de Gand, 1213 {Rot. chart., I, 197 a). Peu après la rédaction de cet acte, le comte Ferrand se rendit en Angleterre; pour les détails de sa réception par le roi Jean, voir Hist. des dtics de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 139-40.
5. Celui-ci se rendit en effet en Flandre avec le comte de Boulogne et y prit part à diverses chevauchées {Hist. des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, p. 141).