‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 235 sur 404 · ROBERT DE DREUX PRIS A NANTES · texte numérisé non relu

ROBERT DE DREUX PRIS A NANTES

« de Boves, » reprit le comte, « ce n'est pas vous qui prendrez « place entre les vaillants quand on en viendra aux mains. A a ce moment-là vous saurez bien vous tirer d'affaire, car vous « êtes peureux, et moi je serai mort ou pris plutôt que de « lâcher pied vilainement' » [-14786].

On sait comment les alliés furent déconfits. Ils attaquèrent en trop petit nombre, car ils n'avaient pas le quart des hommes qu'eurent les Français ce jour-là. Si Tempereur avait attendu jusqu'au lendemain, grand honneur lui serait advenu. Mais ce n'est pas mon sujet. Les trois comtes y furent faits prisonniers, et l'empereur eût été pris ou tué si le comte de Salisbury ne l'avait fait partir. Le comte lui-même fut pris, comme aussi Thomas Malesmains^, qui, en ce jour, se conduisit vaillamment [14820].

Je ne veux pas dire que ces événements se soient passés après le retour du roi en Angleterre^ : j'avais oublié de vous conter, mais Terreur n'est pas grande, que Robert de Dreux

en faire que en dire, notre proverbe t dire et faire sont deux ») que dans l'édition j'avais attribué à Hugues de Boves.

1. Cette altercation entre le comte de Boulogne et Hugues de Boves est rapportée par tous les chroniqueurs; voy. la note de M. DeJaborde sur le g 195 de la Chronique de Rigord. La réponse du comte de Boulogne est presque partout la même; Guill. Le Breton, Ghron. : « Tu fugies tanc quam formidolosus ; ego autem sub periculo mei capitis pugnabo, et « remanebo captus vel interfectus. » Ph. Mousket (vv. 21643-5) :

Et g'iere mors u pris sans faille,

Comme preudome a la bataille ;

Mdis vous en parlirés fuiant.

Le Ménestrel de Reims, éd. de Wailly, g 277 : o Certes, vous i avez « menti comme mauvais traîtres que vous iesles ; et bien d^ez dire « tels paroles... Et bien sachiez que se la bataille est, je i serai ou « morz ou pris ; et vous en fuirez comme mauvais recreanz et failliz. »

2. Seigneur normand établi en Angleterre après 1204, qui figure en divers actes du temps du roi Jean (Stapleton, Magni Rot. scacc. Norm., n, xlv-xlviij, note; Rot. litt. pat., 1 h, 89 6, 1906, 195 6). Il est inscrit sur la liste des prisonniers faits à Bouviues sous la rubrique t redditi vel « hostagiali, » avec cette note : « Rex dédit istum Ingerranno de Cor- « cellis pro redemptione sua » (Bouquet, XVII, 101 d).

3. Le retour du roi, qui eut lieu deux mois après la bataille de Bouvines, a été conté plus haut.

206 OUBRRE DBS BARONS. [1214

avait été pris dans une charge au pont de Nantes*. On sait qu'à la suite de la défaite ou les trois comtes avaient été faits prisonniers il fut conclu une trève^, qui autrement n'eût jamais été consentie. Le roi Jean revint en Angleterre après la conclusion de la trêve. C'est alors que commença, entre lui et les barons, une guerre qui dura jusqu'à sa mort. Il avait fait tort à tels qui s'allièrent contre lui, et dont l'exemple fut suivi par des barons à qui il n^avait en rien méfait. Presque tous lui coururent sus. Mais ce n'est pas le lieu de parler de ces querelles où des deux côtés il y eut excès. On ne pourrait se figurer, si on ne l'avait ouï ou vu, le mal qui fut fait de part et d'autre [14859].

Je veux parler présentement des enfants du Maréchal. Onques meilleurs rejetons ne naquirent d'un chevalier et d'une dame. Je dirai leurs noms, car cela est de mon sujet. Le premier fils eut nom Guillaume. Il n'y eut onques en ce royaume personne qui ait eu autant à cœur de bien faire. C'est lui qui, après son père, fut comte. Richard, qui vint après [14883], eut en lui prouesse, sens, beauté, bonnes mœurs, noblesse^. Le troisième fut Gilbert, qui fut clerc et renommé pour son sens et ses bonnes mœurs ^ Le quatrième eut nom Gautier [14893], mais il n'était pas encore chevalier au temps où je fis ce livre. On disait déjà que, sMl pouvait vivre, il serait homme de bien, car il y montrait de bonnes dispositions^. Le cinquième des fils fut appelé

1. Robert III, comte de Dreux, fils de Robert II (sur lequel voy. p. 52, note 2). Il avait chargé imprudenimeat les geas du roi de France (cf. G. Le Breton, Chron.y g 172, et Ui&t. des ducs de Normandie et des rois d' Angleterre t p. 143). Il fut plus tard échangé pour Guillaume de Salisbury (G. Le Breton, Chron., g 200; cf. la note de M. Delaborde).

2. Une trêve de cinq ans (Chinon, 18 sept. 1214 ; Delisle, CattU. des actes de Ph.-Aug., n* 1506).

3. Guillaume le Maréchal, deuxième comte de Pembroke (f 1231), et Richard, son frère, qui lui succéda comme comte de Pembroke (f 1234), ont des notices étendues dans le Dict. of nat. biogr., XXXVI, 223, 233.

4. Il avait en effet été élevé pour l'état ecclésiastique, mais il ne parait avoir reçu que les ordres mineurs. Il succéda, comme quatrième comte de Pembroke, à son frère Richard, en 1234, et mourut en 1241 d'une chute de cheval. Voir sur ce personnage une brève notice à la fin de la biographie du premier Guillaume le Maréchal , dans le Bictionary of nat. biography, XXXVI, 231.

5. Il fut le cinquième comte de Pembroke, ayant succédé à son frère

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