LA GARDE DU ROI EST OFFERTE AU MARÉCHAL
avait été assiégé la veille [^15356], et que son connétable lui demandait du secours. Le Maréchal y envoya aussitôt des chevaliers, des sergents, des arbalétriers. Plusieurs de ceux qui étaient présents considérèrent que cet événement, le jour même du couronnement, était de mauvais augure [-15372].
Les hauts hommes vinrent au Maréchal et le prièrent de se charger de la garde du roi. « Je ne puis, » répondit-il. « Je « n'ai plus la force nécessaire pour une telle baillie. Je suis a trop vieux. Il faut donner cette charge à un autre. Attendez « que le comte de Ghester soit arrivé. » On s'en tint là pour cette nuit et chacun rentra chez soi [-15400].
Le Maréchal, rentré au château * , appela en conseil Jean le MaréchaP, Raoul Musart^ et Jean d'Erlée, et leur dit : « Ces « gens-là voudraient que je prisse la garde du roi et le goua vernement du royaume. Mais c'est une lourde charge et je « veux d'abord me régler sur votre avis. » Jean le Maréchal et Raoul Musart lui conseillèrent d'accepter. « Vous serez en état, » lui disait ce dernier, « d'avancer vos hommes et d'autres « encore, et nous qui sommes ici. » Jean d'Erlée, au contraire, l'en dissuada, lui remontrant que c'était une lourde charge pour un homme affaibli par l'âge; que d'ailleurs le roi ayant peu d'argent, c'est à lui Maréchal qu'on s'adresserait, et qu'il aurait par suite beaucoup de peine et de tourment. « Atten- « dons la venue du comte [de Ghester], » reprit le Maréchal; tt nous aurons meilleur conseil, et allons nous coucher. « Dieu y mette conseil et paix ! » [^5464].
Le lendemain, après la messe, le comte de Ghester arriva. 11 salua le roi qui reçut son hommage et celui des autres barons. Plusieurs de ceux qui vinrent avec le comte trouvèrent inconvenant qu'on ne l'eût pas attendu pour couronner le roi. Mais
à-dire Goodrich, village situé dans le sud du comté de Hereford, entre Ro88 et Monmoulh. On y voit encore les ruines d'un ancien château qui appartenait en effet au Maréchal. Un acte royal, passé en sa présence le 28 septembre 1218, est daté de ce château {liot. litt. claiis., p. 370 a).