LE MARÉCHAL HÉSITE ET ENFIN ACCEPTE
le comte leur imposa silence, disant qu'on avait bien fait de procéder au couronnement sans retard. On se forma alors en conseil et on délibéra sur le cboix de celui à qui serait confiée la garde du roi et du royaume. L'évèque de Winchester* demanda à Alain Basset* son avis [45497]. « Par ma foi! » répondit celui-ci, « je ne vois que le Maréchal ou le comte de Ghester. — Certes, Seigneurs, » reprit le Maréchal, « je ne puis accep- « ter une si haute mission. Je suis trop faible. J'ai passé quatre- « vingts ans. Mais vous, comte de Ghester, chargez- vous-en, a et, tant que je vivrai, je vous serai en aide de tout mon pou- « voir. Vous ne me saurez rien commander que je ne le fasse a tant que Dieu m'en donnera la force. — Non certes, Maré- « chai, » dit le comte, « cela ne se peut. Vous êtes si bon che- « valier, si prudhomme, si redouté, si aimé et si sage qu'on « vous tient pour un des meilleurs chevaliers du monde. Je « vous le dis en toute loyauté, c'est vous qui devez être choisi, a Je vous servirai et j'accomplirai, selon mon pouvoir, toutes « les besognes que vous voudrez me commander » [45536].
Alors le légat prit à part en une chambre le Maréchal, avec le comte de Ghester, l'évèque de Winchester et une partie des hauts hommes, et ils recommencèrent à délibérer. Mais ils ne seraient point arrivés à vaincre la résistance du Maréchal, si le légat ne l'avait prié de prendre la baillie en rémission et en pardon de ses péchés. A cette condition, il lui en donnait devant Dieu l'absolution. « Au nom de Dieu, » dit le Maréchal, « si à « ce prix je suis absous de mes péchés, cette baillie me con- « vient, et je la prendrai, bien qu'elle me pèse » [45558].
Le légat la lui remit, et le bon Maréchal reçut à la fois le roi et la baillie^. Il s'en acquitta bien tant qu'il vécut, mais nous le perdîmes trop tôt pour le bonheur de l'Angleterre [45564].
Quand le Maréchal eut pris la baillie du royaume, il parla ainsi * : « Seigneurs, voyez le roi jeune et tendre. Je ne pour-