‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 285 sur 404 · DÉROUTE DE LA FLOTTE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DÉROUTE DE LA FLOTTE FRANÇAISE

ensuite. Tous ceux de la nef furent pris. Eustache offrit, pour sauver sa vie, dix mille marcs, mais ce fut en vain. Il trouva son maître. Il y eut un nommé Etienne de Winchelsea, qui lui rappela les misères qu'il lui avait faites sur terre et sur mer et qui lui donna à choisir : avoir la tête coupée sur le trébuchet ou sur le bord de la nef. Alors on lui coupa la tête^ Il y avait dans la nef trente-deux chevaliers auxquels on en aurait fait autant si les chevaliers anglais ne Pavaient empêché. Et ils y eurent beaucoup de peine [17462].

Quand cette grande nef eut été prise, les nôtres se comportèrent avec tant de courage que les Français se mirent à la retraite. Notre flotte leur fit la conduite et les mit en déroute. Quand ils prenaient une nef, ils ne manquaient pas de tuer tous ceux qu'ils y trouvaient, et ils les jetaient aux poissons, n'y laissant en vie qu'un ou deux hommes, parfois trois. On les poursuivit ainsi jusqu'auprès de Calais [17482]. Il y eut tel qui crut tirer à lui, avec un croc, une bonne couverture d'écarlate, quand ce n'était que du sang figé. D'après les témoins de l'affaire, nous pouvons dire qu'il y eut bien quatre mille hommes tués, sans compter ceux qui sautèrent en la mer et se noyèrent. Je n'y fus pas, et je n'en prends pas la responsabilité^. Le monde méprise ceux qui s'écartent de leur sujet pour conter des choses fausses ou oiseuses [17500].

La bataille terminée, nos gens revinrent à terre, rapportant leur butin, qui était fort considérable. JVIessire Hubert avait

1. € Et Wistasses li Moines ot la tieste trenchée, si ii trencha un maronc niers que on apieloit Estievene Trave (var. Grave) qui longhement ot « esté a lui » (HisL des ducs de Nonii., p. 202). Le même nom, sous la forme d' t Estefne Crabbe, » est donné par le Polistorie de Jea'i de Cantorbéry, chronique française compilée à Canlorbéry après 1313 et qui contient, particulièrement en ce qui concerne la bataille de Sandwich, beaucoup de fables (voy., sur celte chronique, Histoire littéraire, XXVIII, 480-6). Fr. Michel en a extrait {Roman d'Eustache le Moine, p. xxxvj) le passage qui concerne cette bataille. Selon R. de Wend. (II, 222), ce serait Richard, fils naturel du roi Jean, qui aurait lui-môme coupé la tête à Eustache.

2. Notre auteur agit prudemment en ne prenant point la responsabilité de cette évaluation peut-être exagérée. Il est certain toutefois que les pertes subies par les Français furent très considérables (voy. R. de Wend., II, 222 ; Hist. des ducs de Norm., p. 202).

248 PARTAGE DU BUTIN. [iîM

pris deux nefs. Certains navires avaient fait un tel gain que les mariniers distribuaient les deniers à pleines écuelles. Le Maréclial ordonna que le partage fût fait de manière à donner toute satisfaction aux mariniers. Puis il décida qu'avec la part réservée on fonderait un hôpital en l'honneur de saint Barthélemi, qui en ce jour leur avait donné la victoire*. Les mariniers firent son commandement et fondèrent la maison renommée où sont hébergés et entretenus les pauvres de Dieu^ [^7540].

il fallait voir, le lendemain, les mariniers aller et venir vêtus d'écarlate et de soie, et se vantant à qui mieux mieux : a Ma robe en vaut deux, » disait l'un. — « Bah! » reprenait un autre, « la mienne est toute de cisemus^, cote et surcot, man- « leau et chappe. Il n'y a meilleure jusqu'à Alep. — Et la a mienne, disait un troisième, elle est toute d'hermine et bor- « dée d'or. » Et tandis qu'ils se provoquaient de la sorte, les autres tiraient des navires les provisions, viande, vin, blé, ustensiles de fer et d'acier, dont tout le pays profita [-17568].

Quand le Maréchal eut achevé le partage des richesses trouvées dans les nefs conquises, on conduisit à Douvres les prisonniers français, trente -deux chevaliers^, tous hauts hommes'^. On les confia au grand juge [>I7576].

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