‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 304 sur 404 · IL EST VISITÉ PAR L'ABBÉ DE NUTLEY · texte numérisé non relu

IL EST VISITÉ PAR L'ABBÉ DE NUTLEY

en saint homme qu'il était, et avait grand soin de son abbaye. Il vint au comte, et, Payant salué, il lui dit : « Sire, j'ai parlé « à notre souverain abbé* et aux frères de notre ordre. Je les ai « entretenus en chapitre de votre maladie, et leur ai demandé de « vous donner part en leurs bienfaits^ et de prier pour vous tant a que l'ordre durera. L'abbé me dit qu'il vous connaissait pour a homme de bien et de grande valeur, et qu'il vous recevait a volontiers comme participant à tous les bienfaits de l'ordre. « Voici les lettres scellées du sceau de l'abbé qui attestent cette « décision. — Mille fois merci, répondit l'e comte. C'est un grand a bien que vous m'avez fait, et vous en serez récompensés, car, « si vous avez pensé à moi, je ne vous ai pas oubliés non plus. a J'ai légué cinquante marcs à votre maison. J'ai fait pareil don « à chacune des abbayes de ma terre qui sont outre-mer', et à « chacun des chapitres j'ai laissé dix marcs; car je veux avoir « part en leurs biens, à perpétuité. » L'abbé répondit les larmes aux yeux : « Sire, vous avez richement fait les choses, et Dieu, « j'en ai la certitude, le vous rendra avec usure dans la gloire « du Paradis » [48670].

Le lendemain, son fils et beaucoup de ses gens se trouvaient auprès de lui. Jean d'Erlée lui demanda ce qu'il voulait faire des robes fourrées qui étaient gardées dans la maison. Le comte n'entendit pas bien ce que Jean d'Erlée disait. Mais le clerc Philippe dit à haute voix : a Sire, il y a là quantité de belles a robes d'écarlate et de vair toutes neuves, et au moins quatre- « vingts fourrures de cisemus''. On en pourrait tirer beaucoup a d'argent pour acquitter vos péchés. — Taisez-vous, mauvais a homme, » dit le comte, a j'ai plus qu'assez de vos conseils;

1. L'abbé d'Arrouaise était à ce moment Jean II (1209-1224); voy. Gosse, Hist. d'Arrouaise^ p. 152-3.

2. AdmeUre quelqu'un en ses bienfaits ou en son bienfait, c'était, pour les personnes vouées à la vie religieuse, lui donner part aux mérites de leurs prières et de leurs bonnes œuvres. Cette expression est très fréquente au moyen âge. Du Gange : « Benbfactum, socielas monachica qua (( qnis particeps fit orationum et bonorum operum monasterii. »

3. Le Maréchal veut-il parler des terres de Normandie, qu'il tenait du chef de sa femme (voy. p. 120, note 4, et 177, note 1), ou de sa terre d'Irlande?

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