‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 307 sur 404 · IL MEURT · texte numérisé non relu

IL MEURT

a VOUS recommande à Dieu. Je ne puis plus être avec vous, « je ne puis me défendre de la mort. » Le fils vint s'asseoir auprès de Jean d'Erlée; il prit son père dans ses bras et pleura silencieusement. On mit devant le Maréchal une croix; il l'adora et pria Dieu de lui accorder une bonne fin. L'abbé de Nulley entra avec de nombreux religieux. Mais le comte, appuyé sur son fils, ne parlait plus. Tandis que tous se laissaient aller à la douleur, un valet accourut auprès de Jean d'Erlée et, lui touchant le bras, lui annonça que l'abbé de Reading demandait la permission d'entrer [189^2]. Jean ne Tentendit point, car il avait Tesprit ailleurs, et il repoussa le jeune homme. Mais le comte Tavait entendu, il ouvrit les yeux et fit signe à Jean de faire venir l'abbé. « Sire, » dit l'abbé, quand on l'eut introduit, « le légat, qui était la nuit dernière à Girencester, vous salue. « Il vous mande par moi que cette nuit il eut une vision à votre « sujet. Il en eut tant d'angoisse qu'il m'a commandé de venir « en hâte ici pour vous en faire part. Le légat vous mande que « Dieu a donné à saint Pierre et à tous les papes après lui le M pouvoir de lier et délier tous les pécheurs. En vertu de ce « pouvoir, qui lui a été délégué par le pape, il vous absout de € tous les péchés que vous avez commis depuis votre nais- « sance et dont vous vous êtes confessé*. » Le comte se tourna vers lui, joignit les mains et s'inclina [18956].

Depuis le commencemçnt de sa maladie, le Maréchal s'était confessé tous les huit jours. L'abbé de Reading, assisté de celui de Nutley et d'autres religieux, prononça l'absolution. Quand il fut absous, le Maréchal joignit les mains et adora la croix. Puis Dieu fit de lui sa volonté comme il fait des hommes bons qu'il lui plaît de rappeler à lui. Prions Dieu qu'il le mette en la gloire du Paradis avec ses amis [18978].

Ainsi mourut le Maréchal. Nous croyons que son âme est en la compagnie de Dieu, parce qu'il fut bon dans sa vie et dans la mort. Son corps fut enseveli avec honneur, comme il convenait pour un tel homme 2. Puis, avant que le corps fût porté

1. Il s'agit de l'absolution pontificale, comportant indulgence plénière.

2. 11 fut cousu dans un cuir de taureau, à ce que rap|)orte Math, de Paris, sous l'année 1245 {Chron. maj., éd. Luard, IV, 495).

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