IL A UNE SYNCOPE
Toute la soirée, la maladie ne cessa d'empirer. Le jeune Maréchal veilla la nuit. Le lendemain, qui était le mardi avant l'Ascension ^ il revint, vers l'heure de midi, avec les chevaliers. Le comte s'était tourné vers le mur et reposait paisiblement. Croyant qu*il dormait, le jeune Maréchal fit faire silence. Je ne sais si le comte l'entendit, mais il s'éveilla et dit: a Qui est là?» Jean d'Erlée dit : « C'est moi, Jean d'Erlée. — C'est vous Jean ? « — Oui, sire. — Je ne puis m'endormir. — Comment pour- « riez-vous dormir, quand, depuis plus de quinze jours, vous a n'avez rien pris ?» — Le comte fit un mouvement pour se tourner, et alors les grandes douleurs de la mort le saisirent [^8828]. Il dit : « Jean, hâtez-vous d'ouvrir portes et fenêtres; a faites venir la comtesse et les chevaliers, car je me meurs ; a je ne puis plus attendre, et je voudrais prendre congé d'eux. » Jean se leva, fit ce qui lui était demandé et prit entre ses bras le comte qui s'évanouit. Revenu à lui, le Maréchal dit : « Jean, « ai-je donc perdu connaissance? — Oui, sire. — Je ne vous tt ai jamais vu si emprunté ! Pourquoi n'avez- vous pas pris de « cette eau de rosé et ne m'en avez- vous pas arrosé le visage', a afin que j'eusse le loisir de parler à ces braves gens, car je « ne le ferai* pas longuement? » Jean s'empressa de prendre l'eau de rose, qui était dans une fiole, et lui en arrosa le visage, car il pâlissait par l'angoisse de la mort [-18864].
Le jeune Maréchal et la comtesse s'approchèrent, ainsi que tous les chevaliers, et le comte leur dit : « Je me meurs, je
séparer du corps, pouvait avoir la vision du sort qui lui était réservé. Ainsi on lit au commencement de la légende latine du Purgatoire de saint Patrice (Colgan, Acta Sanctorum veteris et tnajoris Scoiix seu Hibernix. Lovanii, 1647, II, 273 ; cf. Ed. Mail, dans les Romanische Forschungen, VI, 144) : « la multis enim exemplis quae proponit [papa Gregorius], ( ad exitum animarum, augelorum bonorum sive malorum praesentiam « adesse dicil; qui animas pro merilis vel ad tormenta pertrahant, vel c ad requiem perducant. Sed et ipsas animas, adhuc in corpore positas, < ante exitum multa aliquando de his quœ ventura sunt super eas, sive « ex responsione conscienliae interioris, sive per revelationes factas, c prsBscisse fatetur. »