OPINION DU ROI DE FRANCE SUR LE MARECHAL
« un peu, avant de parler, que Richard le Maréchal^ ait pris t son repas avec les autres, car tu le verras bien affligé. »
Quand les nappes furent ôtées, ceux qui avaient servi se mirent à table*. Cependant, le roi Philippe prit à part Guillaume des Barres', qui était assisprès de lui, et lui dit : « Avez-vous « entendu ce qu'il m'a dit? — Qu'a-t-il dit, sire? — Que le « Maréchal, qui était si prud'homme et si loyal, était enterré. « — Quel Maréchal? — Celui d'Angleterre, Guillaume, qui fut « preux et sage. — Certes, sire, c'est grand dommage, car, en « notre temps, il n'y eut meilleur chevalier ni plus vaillant € homme de guerre. — Que dites-vous? — Je dis que je n'ai « jamais vu en ma vie aucun homme meilleur que celui-là. « Je ne puis pas dire plus. — Certes, » reprit le roi, « vous « avez dit là une grande parole. Et, en vérité, le Maréchal fut « l'homme le plus loyal que j'aie jamais connu. » Sire Jean de Rouvrai * dit à son tour : « Sire, je dis que ce fut le plus sage « chevalier qui ait vécu de notre temps. — Dieu ! qu'il est né e sous une heureuse étoile celui de qui on porte un tel témoi-
avril et octobre 1219; voy. L. Delisle, Catal. des actes de Ph.-Aug.y p. Gix. Le roi était probablement à Nemours ou à Montargis, où nous savons qu'il séjourna à diverses reprises.
1. Il paraît donc que Richard, le second fils du Maréchal (voy. ci-dessus, p. 206, n. 3), se trouvait en 1219 à la cour de Philippe-Auguste, circonstance dont on n'a aucune autre trace. On a vu plus haut que, dans les derniers jours de sa vie, lorsqu'il se préparait à la mort en son manoir de Caversham, le Maréchal n'avait auprès de lui, d'après le poème, qu'un seul de ses fils, qui n'est pas nommé, mais qui ne peut avoir été que l'aîné; entre les autres fils, un seul, Ansel, le plus jeune, est désigné nominativement à l'occasion du testament (ci-dessus, p. 256).
2. Selon l'usage, le roi et les principaux barons mangeaient les premiers; les jeunes hommes qui avaient servi mangeaient ensuite.