‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 320 sur 404 · X INTRODUCTION. — I · texte numérisé non relu

X INTRODUCTION. — I

L'Histoire du Maréchal a été rédigée d'après des mémoires écrits, seloD toute apparence, par Jean d*Erlée, pour servir de guide au versificateur, le Jean « qui ce livre a fait et trouvé », nommé au v. 19195. Ces mémoires ont certainement été complétés, sur bien des points, par des renseignements que l'auteur a pris la peine de recueillir dans le milieu où avait vécu son héros, probablement même par des observations qu'il avait pu faire lui-même. L'auteur a donc eu trois sources d'information, ce qu'il est facile de prouver par quelques citations. Et d'abord il suivait, en beaucoup de cas, des mémoires écrits. Il le dit lui-même :

SI com en l'estorie le truis. 3656, 4460, -16784. Mais nostre estorie me remenbre. 3885.

Issi le trovons en l'estorie. -17534.

Li escriz dit ce que je di. 46027.

Tant me feit li escriz entendre. 45909.

Cet « écrit » est ce que l'auteur appelle parfois sa matière, notamment dans les vers cités plus haut (v. 19174, 19187)*. Il s'y conforme religieusement. Assurément, il ne se fait pas faute d'ajouter à cette matière des renseignements pris d'ailleurs, on le verra plus loin, et d'y intercaler des réflexions personnelles, mais il se garde d'introduire aucun développement puisé dans sa propre imagination. Abordant le récit d'un tournoi qui eut lieu à Epernon, il s'excuse de ne point donner les noms de ceux qui y prirent part :

Ge n^ai pas les nons en memorie, 4328 Quer nés trovai pas en restorie.

Et, à la fin du même récit, il dit, en forme de conclusion :

Ne voii de cest tornei[e]ment

1. Ailleurs matire est employé dans le sens général de matière, sujet. Voir les exemples de ce mot relevés dans le vocabulaire.

CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. xi

4432 Faire plus lune eonveiement, Que cil qui me dist la matire Ne me volt ci endreit plus dire.

Dans son récit de la déroute des navires français, entre Sandwich et Calais, après avoir dit qu'on ne saurait évaluer le nombre des Français qui furent noyés, il termine par ces vers :

47496 Je n'i fu[i] pas; ci m'en descombre

De dire ce que nuls ne seit,

Kar li mondes despit et heit

Celui qui lesse sa matire 47500 Por mensonge et oisoses dire.

Ici encore, matire signifie, non pas sujet en général, mais mémoire, information fournie par écrit. Notre auteur se conforme avec un tel scrupule à cette « matière » qu'il ne croit pas devoir modifier l'ordre selon lequel les faits lui ont été communiqués, alors même que certains récits lui paraissent intervertis. Ayant conté en grand détail le tournoi de Lagni- sur-Marne, il se reprend en ces termes :

Mais devant la desconfiture 4928 I avint une autre aventure Qui deust estre devant dite ; Mais, si com ge la truis escrite^ La m'estuet dire mot a mot.

J'ai dit tout à l'heure que le poète avait puisé ses informations à plus d'une source. Il pouvait arriver que les renseignements ainsi obtenus fussent contradictoires. Tel fut le cas pour un épisode de la bataille de Lincoln. L'auteur n'hésite pas à nous faire part de son embarras :

Seignor, ci ne covient plus dire, Car cil qui me douent matire Ne s'acordent pas toi a un,

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