‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 321 sur 404 · XII INTRODUCTION. ~ I · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION. ~ I

46404 Ne je ne puis pas a chascun

Obeïr, car je me[s]fereie,

Si'n perdreie ma dreite veie,

Si en fereie meins a creire, 46408 Car en estorie qui est veire

Ne doit nus par reison mentir.

Le souci qu'il apportait à compléter les renseignements fournis dans les mémoires qu'il appelle « l'histoire » ou « l'écrit » se manifeste en plus d'un endroit. Après avoir conté en grand détail un voyage du roi Richard, allant de Normandie en Angleterre, en passant par Rouen, Bonneville, Gaen, Bayeux, Barfleur et Portsmouth, il fait une sorte de pause et dit :

Ci endroit ne voil or plus dire, 42836 Quer ne sai pas bien la matire A combien ele fu montée Desqu'el me seit avant contée.

Et, lorsque ses efforts ont été inutiles, il n'hésite pas à le confesser. C'est ainsi qu'il expédie en quelques vers le récit du séjour de son héros en Terre sainte, s'excusant de la brièveté de son récit sur ce que les renseignements lui font défaut :

7284 Ne vos [en] ai dit fors la some, Kar ge nés vi ne ge n'i fui, Ne ge ne puis trover nului Qui la meit[i]é m'en sace dire.

Et, un peu plus loin (v. 7296-8), c'est pour le même motif qu'il passe rapidement sur le retour du Maréchal auprès du roi Henri II, en Normandie.

Enfin, il est certain qu'en plusieurs circonstances, qu'il n'est pas possible de déterminer toutes avec sûreté, l'auteur

CIRCONSTANCES ET DATE DE LA COMPOSITION. xiil

nous a laissé un témoignage personnel, ayant assisté à quelques-uns des événements qu'il raconte. Il commence ainsi le récit d'un tournoi qui eut lieu entre Anet et Sorel :

Mais nostre estorie me remenbre Ce que ge vi et bien me menbre...

3888 D'un tornei[e]ment qui fu pris Entre Anet et Sorel adonques.

Ce tournoi, dont la date ne peut être fixée, mais qui eut lieu probablement aux environs de 1180*, était donc mentionné dans les notes fournies, mais, de plus, l'écrivain y avait assisté. De même, à propos d'un tournoi entre Ressonssur-Matz et Gournai-sur-Aronde :

S[i] i vindrent de mainte terre, Por pris e por enor conquere, Maint duc, maint conte, maint hait home-, 5980 Mais de lor [nons] ne sei la some, Quer tans en i vi que nomer Nés savreie ne asomer.

Si notre auteur fréquentait les tournois, sans doute en qualité de jongleur ou de héraut d'armes, il est bien permis de supposer que, dans la suite, il eut plus d'une occasion de voir celui qui devait un jour être son héros. Qu'il l'ait vu, et qu'il ait été frappé de sa belle prestance, à une époque où la fortune du Maréchal ne pouvait guère être prévue, c'est ce dont on ne peut douter en présence d'un témoignage aussi positif que celui-ci : le jeune Guillaume était si bien formé, dit-il, que, s'il avait été sculpté par un artiste, il n'eût pas eu les membres si bien faits :

720 Quer bien les vi c bien m'en menbre.

. i. En tout cas, avant 1182, (îpoque où le Maréchal, comme on le verra plus loin, (Hait brouillé avec le jeune roi, son seigneur.

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