XXII INTRODUCTION. — III
le poète, pour mettre fin à la guerre, et, depuis lors, l'amour et la concorde régnèrent entre eux tout le temps qu'ils vécurent (v. 375-7). Tous ces faits sont nouveaux et paraissent assurés. Us nous montrent qu'au milieu du xn* siècle des motifs de pur intérêt suffisaient à l'obtention du divorce, et que les adhérents de partis opposés ne se faisaient pas scrupule de conclure entre eux des arrangements particuliers, au détriment même de la cause qu'ils avaient jusque-là défendue. On ne savait rien du second mariage de Jean, mais on savait que Patrice avait été élevé à la dignité de comte de Salisbury par l'impératrice Mathilde*. La faveur dont il fut l'objet de la part de celle qu'il avait énergiquement combattue s'explique maintenant de la façon la plus naturelle.
2'' Il est bien évident que notre auteur ne se rendait pas un compte bien exact des causes de la querelle entre l'impératrice Mathilde, fille de Henri P»", et le comte Etienne de Blois, et qu'il en connaissait très mal les péripéties. Mais il ne cherche pas à nous faire illusion : au contraire, il confesse très franchement qu'il ne sait pas toutes les emprises du Maréchal (v. 124). Toutefois, il se montre assez renseigné sur un des épisodes importants de la guerre, la levée du siège de Winchester par l'impératrice et la retraite de celle-ci vers Ludgershall. C'est que Jean le Maréchal avait joué dans cette affaire un rôle important, protégeant, au risque de sa vie, la fuite de Mathilde. Le souvenir de ses exploits devait s'être conservé dans la famille. Si l'on retranche de son récit quelques erreurs, qui portent sur des circonstances accessoires^ on trouvera qu'il est, en somme, fort exact, puisqu'il ne fait que confirmer, par un témoi-
\. Voir ci-après, p. 8, n. 2.