XXVIII INTRODUCTION
septembre 1166, le roi Henri II, qui, à ce moment, parœurait la Bretagne et se rendait en pèlerinage au Mont Saint- Michel*. Ce dut être vers le même temps qu'il alla au tournoi de Valennes*.
Le récit de l'affaire de Drincourt, ou Neufchâtel-en-Brai, est certainement le morceau le plus embarrassant de tout le poème. Il n'y a aucun doute que ce combat fut l'un des épisodes de la guerre de 1173, entre Henri II et son fils, le jeune roi, appuyé des barons anglais, normands 3, français et par le roi de France. Il est donc étrange que le poète place ces événements avant l'expédition de Poitou, où Patrice de Salisbury trouva la mort (1168). Cet anachronisme constaté, on s'étonnera moins que l'auteur nous parle d'une guerre entre Henri II et Louis VII (v. 805-6) sans rien dire du jeune roi. Quant aux circonstances du récit, elles présentent assurément diverses invraisemblances et s'accordent mal avec les témoignages des chroniqueurs du temps, mais eux-mêmes sont loin d'être d'accord ^ de sorte qu'il est impossible d'arriver à une connaissance assurée des détails de cette guerre. Ce qui paraît certain, c'est que les exploits de Guillaume à Drincourt ont été contés au poète, sans doute avec quelque exagération, par des gens qui ne savaient ni quand ni comment les faits s'étaient passés.
1. Robert de Torigni, éd. Delisle, I, 362; cf. Eyton, Court, Household and Itinerary of King Henri II (Londres, 1878), p. 97.
2. Il faut donc considérer comme erronée la note (ci-après, p. 21, n. 4) où ce tournoi a été daté de 1174. Le roi d'Ecosse est venu deux fois sur le continent.
3. La liste des barons anglais et normands qui prirent les armes contre Henri II est donnée par la chronique (Gesta régis Henrici secundi)^ qui fut transcrite par ordre de Benoît, abbé de Peterborough, et que, pour plus de brièveté, je ciie sous le nom de cet abbé (éd. Stubbs, I, 45).
4. K. Norgate, England under the Angevin Kings, II, 447, n. 3.
LE MARÉCHAL CHEVALIER DU JEUNE ROI. xxix
Ce qui est dit du meurtre du comte Patrice (v. 1623 et suiv.) paraît plus digne de foi. Il y a là des détails que rien ne nous autorise à révoquer en doute. Assurément, l'auteur s'avance trop en faisant peser sur Geoffroi de Lusignan la responsabilité d'un crime qui est attribué par des historiens du temps au frère de celui-ci, Gui de Lusignan'; mais il revient plus loin (v. 6458) sur ce que son assertion avait eu de trop absolu lorsqu'il fait dire à Geoffroi que le Maréclial se trompait en l'accusant d'avoir tué Patrice.
Malgré l'incertitude de la chronologie, on peut dire que, depuis le récit du meurtre de Patrice, le poème prend un caractère de plus en plus historique.
L'auteur nous conte comment Guillaume fut blessé et pris dans le guet-apens où Patrice trouva la mort, comment, fait prisonnier par les Poitevins, il fut enfin délivré par la reine Aliénor, qui donna pour lui des otages. Ces événements, inconnus d'ailleurs, sont de l'année 1168. En quelques vers (v. 1892-1904), il nous apprend que Guillaume alla chercher aventure en mainte terre, se faisant remarquer par la largesse avec laquelle il dépensait ce qu'il avait gagné dans les tournois. Nous arrivons ainsi au couronnement du jeune roi Henri (1170), qui marque une date importante dans l'histoire du Maréchal. Henri 11 distingua le jeune Guillaume, déjà noté comme bon chevalier, et que d*ailleurs lui recommandait le souvenir des services rendus à sa cause par Jean le Maréchal. Il le plaça auprès du jeune roi « pour lui garder et enseigner » (v. 1915). Entre tous les chevaliers dont le roi d'Angleterre fit les compagnons de son fils, Guillaume est le seul nommé à cet endroit du poème. Mais il n'est pas impossible de reconstituer le j)ersonnel de
\. Voir p. 20, note.