XXXIV INTRODUCTION. — III
y assistèrent. La liste, disposée méthodiquement, en est longue. J'y compte 20 Français, 20 Flamands, 14 Anglais, 27 Normands, 6 Angevins ; en tout 87 ; mais il faut ajouter que chacun des chevaliers portant bannière était accompagné de plusieurs hommes, de sorte que, selon notre auteur (v. 4773), le nombre total des chevaliers à la solde du jeune roi s*élevait à 200 et plus^ Ce n'est pas sans raison que le poète se demande avec surprise où le jeune roi pouvait prendre l'argent qu'il dépensait ainsi (v. 4768). Il est certain que Henri II, le vieil Henri, comme on l'appelait, en fournissait une bonne part, mais il est probable que le jeune Henri comptait un peu sur la chance des combats : si on perdait de l'argent dans les tournois, on en pouvait gagner aussi.
De 1170 à 1183, c'est-à-dire du couronnement du prince Henri à sa mort, les faits sur lesquels le poète s'étend peuvent être classés sous cinq chefs : 1° la guerre du fils contre son père (1173); 2° la réconciliation (1174); 3° une longue suite de tournois ; 4° une brouille passagère, causée par de faux bruits, entre le jeune roi et le Maréchal; 5** la seconde guerre contre Henri II, se terminant par la mort du jeune Henri.
1° Ce que le poète nous a dit de la guerre de 1173 est assez vague. Écrivant cinquante ans après les événements, il n'eut, vraisemblablement, que des renseignements partiels, qu'il lui était impossible de relier convenablement. Nous avons vu qu'il avait placé beaucoup trop haut l'un des épisodes de cette guerre, l'affaire de Drincourt; il commet
1. Notons en passant qu'on ne voit paraître, ni dans notre poème ni ailleurs, Bertrand de Born, le seigneur de Hautefort, qui, à en croire les anciennes biographies provençales, aurait joué un rôle important dans les querelles du jeune roi avec son père.
LES TOURNOIS. xxxv
d'autres erreurs qui ont été relevées en leur lieu*. Cependant, il sait que l'une des causes de la guerre fut l'excessive prodigalité du jeune homme et le refus du père de subvenir plus longtemps à des dépenses exagérées. Il sait aussi que le jeune Henri fut abandonné par les seigneurs français, que le roi d'Angleterre avait achetés. Mais, ce qu'il tient par-dessus tout à nous apprendre, c'est que Guillaume le Maréchal eut l'honneur d'armer chevalier son seigneur le jeune roi (v. 2084etsuiv.).
2"" Rentré en grâce auprès de son père, le jeune prince se rendit en Angleterre avec le Maréchal et y resta environ un an 2. Mais il se lassa bientôt de la vie trop calme qu'on y menait, et repartit pour le continent, où il se mit de nouveau à courir les tournois.
3° Du vers 2471 au vers 5094, il n'est question, dans le poème, que de tournois. Ces récits, en somme peu variés, pourront sembler monotones, et les historiens préféreront probablement les parties où l'auteur expose, sinon avec beaucoup d'ordre, du moins avec des détails nouveaux, les guerres et les négociations de Henri II ou de Richard avec Philippe- Auguste. Cette préférence se conçoit. Cependant, les tournois occupèrent, en France, une place si considérable dans la vie des hommes appartenant à la classe noble, que tout document qui nous apprend quelles en étaient les règles, ou du moins les usages, quelle influence ils avaient sur les mœurs, sur les conditions sociales, mérite d'être considéré comme historique au premier chef. Et, à ce point de vue, les récits de tournois qui tiennent une si grande place dans l'Histoire de Guillaume le Maréchal offrent un intérêt