‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 344 sur 404 · XXXVI INTRODUCTION. — III · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION. — III

réel, car ni les romans de chevalerie, ni les fableaux (où souvent il est question de tournois), ni les chroniques ne nous donnent une image aussi vivante de ce qu'étaient ces rencontres d'hommes armés, cherchant, comme à la guerre, à se renverser de cheval, à se faire des prisonniers, allant même parfois jusqu'à faire intervenir des troupes de gens de pied*. On trouvera dans notre poème nombre de détails curieux qui complètent utilement les célèbres dissertations de Du Gange sur le même sujet'-.

Sous Henri II, ces exercices belliqueux n'étaient point pratiqués ni même, paraît-il, autorisés en Angleterre. C'est Richard qui, le premier, en 1194, accorda ou, plus exactement, vendit la permission de tenir des tournois 3. Aussi, les jeunes chevaliers anglais qui voulaient se distinguer avaient-ils coutume de se rendre sur le continent. C'est le conseil que le chambellan de Tancarville donna à Guillaume, lui faisant remarquer que l'Angleterre n'était pas un bon pays pour ceux qui voulaient « hanter chevalerie » (v. 1544). Guillaume profita de l'avis et s'en trouva bien.

Les historiens du xn** siècle mentionnent rarement les tour-

1. C'est ce qu'a bien mis en relief M. Jusserand dans la première de ses études sur les sports dans l'ancienne France [Hevue de Paris, 15 mai 1900), où il utilise comme principale source l'Histoire du Maréchal.

2. Dissertations VI et VII sur l'Histoire de saint Louis, réimprimées à la suite du Glossarium medix et infimx latinitatis, éd. Henschel, VII, 2« partie, p. 23 et suiv.

3. Roger de Howden (éd. Stubbs), III, 268 ; Raoul de Dicet (éd. Stubbs), II, 120. — Le poète dit cependant que le jeune roi, pendant son séjour en Angleterre, après sa réconciUation avec son père (1175-6), passa le temps en chasse et en tournois {Ou a bois ou a torneier, v. 2394). Mais, si torneier n'est pas une leçon fautive, il doit s'agir de tournois différents de ceux qui étaient en usage sur le continent.

LES TOURNOIS. xxxvii

nois et ne les décrivent jamais en détail. C'est par exception que Gilbert de Mons nous fait savoir qu'en 1175 on proclama un tournoi devant avoir lieu entre Soissons et Braine. Le comte de Hainaut, Baudouin V, s'y rendit avec 200 chevaliers et 1 ,200 hommes de pied *. Le jeune roi n'y assista point ; il paraît n'avoir quitté l'Angleterre qu'à la fin de l'année 1175^, et aucun de ceux auxquels il prit part, et sur lesquels le poète s'étend longuement, n'est connu d'ailleurs.

Ces rencontres, à en juger par les descriptions de notre auteur, ne se distinguent guère des combats de cavalerie qui avaient lieu dans les guerres réelles. On se bat avec les armes ordinaires. Il n'est dit nulle part que les tranchants et les pointes fussent émoussés. Mais les chevaliers étaient si bien protégés par leurs armures qu'ils ne couraient guère que le risque d'être renversés de cheval et plus ou moins contusionnés. Du reste, le danger n'était guère plus grand à la guerre'*^. Les seules différences entre ces exercices et les combats véritables paraissent être celles-ci : 1" la rencontre a lieu à un endroit déterminé d'avance dans la proclamation; encore est-il à propos de remarquer que, dans les guerres réelles, beaucoup de combats ont été livrés dans des lieux fixés par une convention ; c'est ce qu'on appelait « bataille aramie » ; 2" lorsque le combat cesse, soit par la fuite d'un des partis en présence, soit d'un commun accord, une trêve existe virtuellement jusqu'à la reprise, qui, généralement, a lieu le lendemain, et les chevaliers se font des visites de courtoisie ; 3" le tournoi clos, les hauts

{. Pertz, Script., XXI, 524-5.

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