‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 379 sur 404 · XC INTRODUCTION. — III · texte numérisé non relu

XC INTRODUCTION. — III

précis et détaillé, nous le montre faisant tous ses efforts pour détourner de lui ce qu'il considérait comme un fardeau trop lourd pour un homme de son âge, engageant les barons à choisir plutôt le comte de Chester et n'acceptant qu'après le refus de celui-ci et sur l'injonction du légat Galon. Mais, sa résolution une fois prise, son énergie s'éleva a la hauteur de la tâche dont il s'était chargé. Gomme son fidèle Jean d'Erlée, qui, d'abord, l'avait détourné d'accepter la régence, lui remontrait qu'en mettant les choses au pis, à supposer qu'il lui fallût fuir en Irlande avec le jeune roi, il ne pouvait manquer d'y recueillir de l'honneur, le vieux Maréchal s'était écrié : < Par le glaive de Dieu ! ce conseil est vrai et bon : « il me va si droit au cœur que, si tous l'abandonnaient, « savez-vous ce que je ferais ? Je le porterais sur mes épaules, « jambe deçà, jambe delà, d'île en île, de terre en terre, et « je ne lui manquerais pas, si même il me fallait mendier « mon pain ! »

Les partisans du roi d'Angleterre considéraient la situation comme presque désespérée. Savari de Mauléon, qui avait été l'un des plus fermes soutiens de Jean, quitta le pays pour se rendre en Poitou (v. 15713), et, pendant les premiers mois de la régence du Maréchal, Louis de France obtint divers succès. Mais, dès le commencement de l'année 1217, les événements prirent une tournure moins défavorable. Le parti royal avait des éléments de résistance qui gagnèrent en force par la mort de Jean. Le Saint-Siège, représenté par le légat Galon, continua au jeune Henri la protection qu'il avait accordée à son père, et lui rallia un certain nombre d'évêques. Puis, divers barons anglais quittèrent Louis pour revenir au roi légitime, qui ne l'eussent pas fait si ce roi avait été Jean. Enfin, sous l'impulsion évidente du Maréchal, les opérations militaires furent mieux

BATAILLE DE LINCOLN. XGi

conduites que par le passé, tandis que Louis continuait à montrer la même incapacité militaire que devant.

Le poète conte en détail les faits de la guerre entre les Anglais restés fidèles à leur roi et les barons révoltés qui soutenaient Louis de France. Son exposé est, comme on devait s'y attendre, conçu de manière à faire valoir la direction donnée aux opérations militaires ou aux négociations diplomatiques par le Maréchal, agissant comme régent du royaume. Il peut arriver par suite que le rôle de certains personnages, le légat Galon, l'évêque de Winchester, le grand juge Hubert du Bourg, ne soit pas suffisamment mis en relief; mais, en somme, la relation est sincère et aborde en traits que l'on chercherait vainement ailleurs. Ce qui est une garantie de véracité, c'est l'accord presque constant qui existe entre les récits du poème et ceux de la chronique en prose, publiée par Fr. Michel sous le titre à' Histoire des ducs de Normandie et des rois d'Angleterre, qui paraît avoir été composée par un ménestrel attaché à la personne de Guillaume, comte d'Aumale. Ce seigneur avait été, pendant quelque temps, partisan de Louis.

Deux épisodes de cette guerre, — et ce sont les plus importants, — sont traités avec un soin particulier : la bataille de Lincoln (20 mai 1217) et la destruction de la flotte française, conduite par Eustache le Moine, entre Calais et Sandwich (24 août) .

L'afiaire de Lincoln eut une influence décisive sur le reste de la campagne. Ce fut là que, pour la première fois, les Royaux remportèrent une victoire complète sur leurs adversaires, pourtant supérieurs en nombre. Le mérite de ce succès revient en très grande partie au régent qui, par une opération hardie et habilement dirigée, surprit l'ennemi, le

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chassa de ses positions et le mit en pleine déroute. Le poète nous le montre chargeant impétueusement dans les rues de Lincoln, comme il avait coutume de faire, quarante ou cinquante ans plus tôt, dans les tournois, tandis que l'évêquede Winchester, non moins bon chevalier, poussait le cri bien connu : « Gà, Dieu aide au Maréchal I » (v. 16605 et suiv.). Telle fut la panique des Français et de leurs alliés qu'ils s'enfuirent d'une traite jusqu'à Londres, se figurant que les buissons qu'ils rencontraient sur la route étaient tous pleins de Maréchaux (v. 16968-70). Il y a, dans le récit de la bataille, quelques points obscurs, le texte étant en quelques endroits incomplet ou corrompu*, peut-être aussi parce que le poète n'a pas bien compris ou a mal rendu les explications, probablement assez peu claires, qui lui furent données*. Quoi qu'il en soit de quelques détails incertains, il paraît bien avéré que l'idée de la marche sur Lincoln et du mouvement tournant par Torksey, qui amena les Royaux au nord-ouest de la ville, où les Français ne les attendaient pas^, appartient au Maréchal, le plan de l'attaque étant réglé, dans ses lignes générales, par l'évêque de Winchester, qui semble avoir rempli l'office de chef d'état-major ^. Le régent ne prit pas une part aussi active à la bataille

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