Voir ci-après, p. 201, n
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temps. Au commencement de Tannée 1213, Philippe- Auguste préparait une expédition contre l'Angleterre. On conseilla au roi Jean d'appeler à lui le Maréchal, comme l'homme le plus capable de donner un bon avis. Le roi le fit; mais, d'abord, pour effacer la trace des différends passés, il lui rendit ses deux fils, ou, du moins, il les remit en garde à Jean d'Erlée, qu'il nomma, par surcroît, maréchal de son hôtel (v. 14546). Depuis lors, le comte paraît avoir été l'un des principaux conseillers du roi.
Le poète raconte sommairement la destruction de la flotte française à Dam(v. 14605 et suiv.), l'expédition de Jean en Poitou en 1214 (v. 14672 et suiv.), la bataille de Bouvines (v. 14733 et suiv.). Il ne s'étend pas sur ces événements, qui, comme il le dit en un endroit (v. 14730), n'appartiennent pas à son sujet. C'est aussi en quelques mots qu'il annonce la lutte des barons contre le roi. Il a des origines de ce différend une conception très simple et, du reste, en grande partie exacte. « Le roi, dit-il, avait fait tort à tels « qui se liguèrent contre lui, et d'autres les suivirent à qui « il n'avait en rien méfait » (v. 14847-50). Ni ici ni plus loin il n'est question de la grande assemblée tenue à Saint- Albans par Geoffroi Fils Pierre, ni de la grande Charte, à laquelle, bien certainement, ni lui ni ses contemporains n'attribuaient l'importance que cet acte célèbre a prise aux yeux de la postérité. L'auteur interrompt un instant son récit pour nous entretenir des cinq fils et des cinq filles du Maréchal et du mariage de l'aîné des fils avec la fille de Baudouin de Béthune, comte d'Aumale (v. 14860-15022) ^ puis il revient à la guerre des barons. Ce qu'il en dit n'est
1. Nous avons vu plus haut (p. ix) que des faits notés par le poète dans cette incidence ressortaient quelques données pouvant servir à déterminer l'époque où le poème fut composé.
LA GUERRE DES BARONS. Lxxxvii
ni très précis ni très neuf, soit que les renseignements lui aient fait défaut et qu'il ait été obligé de s'en tenir à des souvenirs personnels devenus un peu confus, soit aussi qu'il ait craint de donner trop de détails sur une période profondément troublée, où des hommes qu'il avait à ménager se trouvèrent rangés en des partis opposés. 11 est probable que ces deux causes ont agi dans une mesure variable. Que l'auteur n'ait pas dit tout ce qu'il savait, c'est ce dont on ne saurait douter en présence de son propre témoignage : « Mais « il me faut passer rapidement (trespasser^) sur la guerre < qui eut lieu en Angleterre entre le roi et ses barons, car il « y eut trop de circonstances qui ne sont pas belles à con- « ter. // pourrait m'en arriver mal » (v. 15031-6). Nous possédons heureusement, pour les derniers temps du règne de Jean, plusieurs bonnes chroniques, et, de plus, il nous est parvenu un nombre considérable de documents diplomatiques auxquels l'auteur de l'Histoire du Maréchal ne pouvait avoir accès, de sorte qu'en somme nous connaissons mieux les causes de la révolte des barons, les rai)ports du roi Jean avec la cour de Rome et avec le roi de France que les mieux informés des contemporains-. On peut, toutefois, recueillir dans les récits de notre poète, outre une impression générale, qui devait être celle des hommes modérés du temps, certaines notions utiles. Ainsi, il nous apprend que ce fut dans un parlement tenu à Londres que les barons anglais décidèrent d'offrir la couronne d'Angleterre à Louis, fils de
i. Ce verbe est souvent employé dans le sens de « passer sous silence, omettre. »
2. L'histoire de cette période a été étudiée en grand détail, d'après toutes les sources, y compris l'IIistoiro. de (Guillaume le Maréchal, par M. Petit-Dutaillis, dans son Élude sur la vie et le règne de Louis VIII (i^aris, Bouillon, 1894),
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Philippe-Auguste (v. 15061 et suiv.). On relèvera aussi un témoignage personnel sur les pertes des Français entre Winchester et Romsey (v. 15110-16). Ce qui est surtout intéressant, c'est le soin qu'il a de faire ressortir la loyauté (dans le sens de l'anglais loyalty) de son héros, qui, malgré les griefs qu'il avait contre le roi Jean, lui resta fidèle jusqu'au dernier jour (v. 15122 et suiv.). Il aurait pu dire, mais, naturellement, il s'en est bien gardé, que cet exemple n'avait pas été suivi par le jeune Guillaume le Maréchal (celui même à la demande de qui fut composé le poème), qui, se séparant de son père, avait fait cause commune avec les barons révoltés. Du reste, il semble bien que, même en ce qui concerne l'histoire propre du comte de Pembroke, l'auteur n'a pas été renseigné d'une manière très complète. Ainsi, il ne paraît pas savoir que le Maréchal fit partie de l'ambassade envoyée, en mars ou avril 1215, au roi de France pour le prier d'empêcher son fils de se rendre à l'appel des barons anglais*. Cette démarche n'eut, d'ailleurs, aucun résultat. Le récit des derniers moments de Jean est émouvant. Le roi mourant confia son jeune fils Henri à la garde du Maréchal, à qui il demanda pardon des torts qu'il avait eus envers lui (v. 15167 et suiv.). A partir de ce moment, et jusqu'au dernier vers, le poème fournit sur les événements contemporains une suite ininterrompue de témoignages nouveaux et importants. Le mérite littéraire n'est pas inférieur à la valeur historique. Il y a dans cette fin de l'Histoire du Maréchal des pages qui égalent les récits de la mort de Henri II ou de la première entrevue du Maréchal avec le roi Richard. Le poète s'anime : il peut donner libre cours à ses sentiments ; il n'a plus à garder la réserve qui s'imposait à
1. R. de Goggeshall, éd. Stevenson, p. 180; cf. Petit-DutaiUis, p. 93.
LA RÉGENCE DU MARÉCHAL. lxxxix
lui lorsqu'il avait à parler du roi Jean. Le ton de la narration s'élève et est en accord avec la gravité d'événements dans lesquels, désormais, le comte de Pembroke aura le premier rôle.
§ 6. Guillaume le Maréchal régent d' Angleterre . — Le roi Jean mourut (18 octobre 1216) laissant un trésor vide, une armée réduite par d'incessantes défections, incapable de résister longtemps aux barons révoltés, qui, unis aux Français conduits par le fils de Philippe- Auguste, occupaient plus de la moitié du royaume. Il avait l'appui de la cour de Rome; il n'avait pas celui de ses sujets, auxquels, avec ses bandes de Brabançons pillards, il avait fait autant de mal que l'ennemi. Les probabilités, s'il avait vécu, étaient qu'il eût été déposé et que Louis de France eût été proclamé roi d'Angleterre. Sa mort fut le salut de sa dynastie.
Le roi enterré à Worcester, on procéda rapidement au couronnement de son fils, enfant de neuf ans, et à son admission dans la chevalerie. On se rappela que le Maréchal avait eu l'honneur, quarante-trois ans auparavant, d'adouber le jeune roi, fils de Henri II, et ce fut lui qui fut désigné pour ceindre l'épée au jeune Henri IIL C'était comme le prélude d'un honneur plus grand. Le jeune souverain ne pouvant, évidemment, exercer par lui-même l'autorité royale, il était nécessaire de pourvoir sans retard au gouvernement du pays. On eût pu établir un conseil de régence, comme on avait fait lorsque Richard était parti pour la croisade; on fit mieux : on nomma un régent, qui avait en même temps la garde du roi (rector régis et regni), et on se trouva d'accord pour choisir le comte de Pembroke. Certes, on n'accusera pas le vieux chevalier d'avoir brigué cette fonction redoutable ou même de l'avoir désirée : le poème, dont le témoignage est