J TOURNOI ENTRE ANET ET SOREL
« A eux ! Dieu aide ! » et les royaux coururent sus aux gens du comte de Flandre. Ceux-ci ne purent se défendre et n'osèrent pas les attendre. On vit alors gonfanons et bannières choir dans la boue et maints chevaux fuir à l'aventure. C'est ainsi que les royaux les mirent en fuite, faisant beaucoup de gain^ Cette attaque fut faite par le conseil du Maréchal. Depuis lors, le jeune roi eut toujours recours à cette ruse [2772].
Ensuite, un tournoi eut lieu entre Anet et SoreP. Il n^y eut chevalier errant, pourvu quMl en fût informé, qui ne se mît en devoir d'y venir. Tous les chevaliers de France, de Flandre, de Brie, de Champagne, s'y rendirent^ d'autre part, les Normands avec les Bretons, les Anglais, les Manceaux, les Angevins et aussi les Poitevins avec leur seigneur le jeune roi, qui avait su leur inspirer une telle confiance quMls ne redoutaient personne. Les Français vinrent en grand désordre et avec tant d'impétuosité que leurs pelotons s'entre-heurtèrent. Les royaux, à ce moment, les chargèrent si durement qu'ils percèrent leur ligne. Quand la bataille du roi arriva, ils étaient déjà en fuite. La poursuite fut si vive que le roi resta seul en arrière avec le Maréchal. Ils trouvèrent dans une rue monseigneur Simon de Neauphle^, qui leur barrait le passage avec trois cents sergents de pied armés d'arcs, de piques, de guisarmes [2834]. « Nous a n'y passerons pas, » dit le roi, « et il ne faut pas songer à a revenir sur nos pas. — 11 n'y a qu'à leur courir sus, » répondit le Maréchal. Les sergents, les voyant arriver, ouvrirent leurs rangs, n'osant pas les attendre, et le Maréchal saisit Simon par la bride. Il l'emmena, le roi le suivant par derrière. Le Maréchal ne regardait pas derrière lui, quand, une gouttière basse s'étant trouvée sur le passage, le chevalier s'y tint suspendu. Le roi le
1. Gagner est l'expression habituelle pour « prendre des chevaux dans un tournoi. » Chevaliers prent, chevaus gaaingne est un vers qu'on lit en plus d'une description de tournois (voy. Flamenca^ note du v. 1696).
2. Anet, ch.-l. de cant. de l'arr. de Dreux; Sorel-Moussel, cant. d'Anet.
3. Neauphle-le-ChÂteau, arr. de Rambouillet, cant. de Muntfortl'Amaury. Les seigneurs de Neauphie iM)rlenl tous le nom de Simon. Celui dont il s'agit ici est vraisemblablement le « Simon dominus Nielfe » dont un acte scellé, des environs de l'an 1180, ligure dans le cartulaircde l'abbaye des Vaux-tle-Cernai, n° LVlll de l'édition de MM. L. Merlet et A. Moutié, ou peut-être son père.