‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 45 sur 404 · GRAND HONNEUR FAIT AU MARÉCHAL · texte numérisé non relu

GRAND HONNEUR FAIT AU MARÉCHAL

qu'il déploya dans ce tournoi. Il ne se préoccupait pas de gain, mais, ce qui vaut mieux, il acquit honneur ^ [30'(2].

Tandis que les chevaliers étaient encore réunis, après le tournoi, les uns demandant des nouvelles de leurs parents ou amis qui avaient été faits prisonniers, les autres cherchant l'argent de leur rançon ou des répondants, une dame de haut prix fit présenter un magnifique brochet au duc de Bourgogne. Celui-ci, pour honorer la dame, le fit porter au comte de Flandre qui à son tour l'envoya au comte de Glermont, lequel l'offrit au comte Thibaut [306-1]. Et ainsi chacun de ceux qui le recevaient l'adressait à un autre. Finalement le comte de Flandre, qui avait par- dessus tous le renom de courtoisie et de sagesse, proposa de l'adresser au plus preux des chevaliers, à Guillaume le Maréchal 2, ce qui fut accepté avec empressement. On députa deux chevaliers pour le lui présenter. Ils se mirent en route, un écuyer marchant devant eux avec le brochet. Ils le trouvèrent à la forge, la tête sur l'enclume, tandis que le forgeron, à Faide de ses tenailles et de ses marteaux, lui arrachait son heaume, faussé et enfoncé jusqu'au col. Quand le heaume eut été à grand'peine retiré, les chevaliers prirent la parole et présentèrent le brochet. Le Maréchal le reçut avec modestie, protestant qu'il devait cet honneur non à son mérite, mais à la bienveillance naturelle de ceux qui le lui avaient fait. Les deux chevaliers, ayant accompli leur mission, contèrent en quelle situation ils avaient trouvé le Maréchal, ce qui excita une grande admiration [3^64].

Cette histoire est difficile à conter. Personne n'aurait assez de mémoire pour la dire tout entière ; dix même n'en viendraient pas à bout. Pour moi, je ne m'en fais pas maître; je conte ce que j'en ai appris [3n3].

1. Celte idée, qui revient plus d'une fois dans le poème, est presque un lieu commun des descriptions de tournois. On lit dans Érec (éd. Fœrster, ▼. 2215-8) :

Erec ne voloit pas antandre A cheval n'a chevalier prandre, Mes a joster et a bien feire, Por ce que sa proesce apeire.

2. Il y a dans le texte : « Or faisons du brochet un cygne, et envoyons le au plus digne. 1 C'est qu'en effet le cygne était, ainsi que le paon, considéré comme un oiseau noble.

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