Î TOURNOI A BU
Il y eut à Eu, en Normandie, un riche tournoi, dont la nouvelle fut portée en France, en Hainaut, en Flandre, en Bourgogne, en Poitou, en Touraine, en Anjou, en Normandie, en Bretagne. Les jeunes gens qui ambitionnaient le prix des armes s'y rendirent de toutes parts [3^94],
Le jeune roi s'y trouva avec au moins cent des meilleurs chevaliers qu'on pût trouver. Il ne regardait point à la dépense quand il s'agissait d'un chevalier vaillant. Aussi avait-il, par sa largesse et ses autres qualités, surpassé tous les princes de son temps. Du côté opposé étaient les Français, les Bourguignons, les Flamands, les Hainuyers [32^2]. Au premier engagement, le Maréchal abattit Mathieu de Walincourt' et lui prit son cheval. Mathieu vint prier le jeune roi, qui s'armait, de le lui faire rendre. Le jeune roi, qui ne savait refuser personne, dit au Maréchal de le lui rendre; ce qu'il fit. Mais, dans la même journée, il le regagna [3238].
Ce grand tournoi eut lieu devant le château, près des lices. Le comte de Flandre avait par-devers lui, outre les chevaliers, de nombreux sergents qui eussent écrasé nos gens s'ils n'avaient eu leur refuge^ près d'eux et n'avaient su se bien garder. Mathieu de Walincourt s'y présenta de nouveau et y rencontra le Maréchal, qui l'abattit à terre et lui reprit le cheval, qu'il gagna ainsi pour la seconde fois dans la même journée. Il rentra ensuite dans la mêlée. A la fin de la journée, ceux qui avaient gagné firent conduire leurs prises chez eux, et ceux qui avaient perdu cherchèrent des cautions ou donnèrent des gages [3300].
Une fois désarmés, les hauts hommes se groupèrent autour du jeune roi pour converser, selon l'usage. Survint Mathieu de Walincourt, qui dans ses deux rencontres avec le Maréchal avait eu le dessous. Ayant salué le roi, il le pria de lui faire rendre son cheval. Le roi, étonné, fait venir le Maréchal et lui reproche d'avoir tant tardé à lui obéir. « Sire, » dit le Maréchal, « je « lui ai rendu son cheval dès ce matin. — C'est vrai, » reprend
t. Walincourt, arr. de Cambrai, cant. de Clari. Sur la famille de Walincourt, voy. Colliete, Mémoires pour servir à l'histoire de la province de Vermandois (Paris, 1771-2), H, 79 et suiv., et Éra. Molinier, Étude sur la vie d'Arnoul d'Audrehem, dans les Mémoires présentés à l'Acad. des inscr. et bellei4eitresy 2« série (Antiq. de la France), t. VJ, 1"^ partie, p. 6.