‹ L'Histoire de Guillaume le Maréchal, comte de Striguil et de Pembroke, régent d'Angleterre de 1216 à 1219; poème français, pub. pour la Société de l'histoire de Franc]Chapitre 52 sur 404 · TOURNOI A ÉPERNON · texte numérisé non relu

TOURNOI A ÉPERNON

de lui faire don de la moitié du cheval. Le Maréchal y consentit. Un autre proposa alors de le jouer aux dés, ce qui fut encore accepté. Pierre jeta neuf, le Maréchal onze, et le cheval lui resta [4^96].

On pria le Maréchal de rester, mais il voulait recouvrer son autre cheval. Il se remit donc en route et se dirigea vers la demeure de celui qui l'avait. C'était un chevalier de la suite d'un haut baron de France dont j'ignore le nom. Lorsque le Maréchal entra, tout le monde lui fit grand accueil, sauf celui qui avait pris le cheval. Il fît sa réclamation, et ce seigneur lui fit rendre immédiatement son bien. C'était une bête superbe, qui valait bien plus de trente livres. On pria le Maréchal d'offrir la moitié du cheval à celui qui Pavait pris ou de le jouer aux dés. 11 répondit qu'il ferait comme on voudrait. Mais Tautre, qui venait d'apprendre l'heureux coup de dés du Maréchal, préféra le partage, a Voulez-vous, » dit-il, « que d^abord je l'estime? — a Faites, » dit le Maréchal. — « Le cheval vaut quatorze livres, a — Soit. Alors le cheval est à moi ; voici vos sept livres. » Celui qui avait estimé faussement fut bien attrapé, car il ne pensait pas que le Maréchal fût pourvu d'argent comptant. Le cheval valait bien quarante livres. Ce fut très bien fait. Qui tout convoite tout perd' [4274].

Après ce tournoi, il y en eut un autre à Épernon^. Les hauts hommes s'y rendirent de mainte terre, car, ainsi que je vous Tai dit^, à l'exemple du jeune roi, chacun travaillait à faire fleurir la chevalerie, qui actuellement est presque morte, car les chiens, les oiseaux'*, les plaids ^ font tant qu'elle ne peut plus se maintenir. Avarice pousse les seigneurs à garder leur argent. Je n'ose dire ce que j'en pense, mais nous verrons encore le temps, si le roi Henric peut tenir sa terre en paix, où clievale-

1. Proverbe fréquemment employé; voy. Le Roux de Lincy, le Livre des proverbes, 2* éd., II, 274, 407, 482, 488.

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