LARGESSE EXCESSI\T DU JEUNE ROI
perdaient leur peine, que le xMaréchal était de force à se défendre indéfiniment contre eux tous. Enfin une troupe de Normands vint à la rescousse, et les Bourguignons eurent le dessous [5039].
Le Maréchal revint auprès de son seigneur qui Paimait de grand amour. Le jeune roi continua à errer par mainte terre pour conquérir honneur et prix. 11 ne se lassait pas de donner. Il ne savait rien refuser. En lui s'unissaient toutes les qualités qui forment gentillesse. Vous savez bien que Gentillesse fut élevée dans l'hôtel de Largesse. — - Et où demeure Largesse ? — Où? dans le cœur du jeune roi. C'est là qu'elle demeura tant qu'il vécut. Mais à sa mortelle perdit son héritage et resta veuve sans douaire. Il est certain que le jeune roi faisait partout où il venait de telles dépenses qu'au départ il ne savait comment en sortira On faisait le compte des dettes et on disait : a Monseigneur n'a pas d'argent ici, mais vous aurez la somme « avant un mois. — Par ma foi I » disaient les bourgeois, « si « le Maréchal nous donne sa garantie, c'est comme si nous a étions payés » [5094].
Voyez quel honneur et quelle grâce Dieu fît au Maréchal. On ne tenait nul compte en ces circonstances des comtes, des barons ni des vavasseurs, et lui, qui n'avait ni terre ni rente, pouvait tout arranger, grâce à sa bonne réputation. Mais Envie, qui mettrait le feu à sa maison pour brûler celle de son voisin, qui a chassé Adam du Paradis, qui a fait tuer Abel par Gaïn, Envie s'attaqua au Maréchal. Ceux à qui il avait fait le plus de bien et qu'il avait introduits à la cour imaginèrent une mortelle calomnie pour le faire haïr du jeune roi [5U^]. Je sais bien qui furent les auteurs de cette trahison, mais tous ne peuvent être nommés ici : il y a encore des personnes de leur hgnée qui m'en sauraient mauvais gré. Adam d'iquebcuf^ fut un de ceux qui controuvèrent ces dires mensongers et infâmes. De mauvais vase,
1. Cf. plus haut, p. 20, el plus loin, p. 69. D'après Robert de Torigni (année 1182-1183, éd. Dellsle, II, 120), le jeune roi recevait aunuelleinent de son père 15,000 livres d'Angers et davantage, eu valeur iulriusècjue environ 354,000 fr. et eu valeur relative entre deux et trois millions (cf. Delisle, Bibl. de l'Éc. des ch., 2» série, t. V, p. 288). c Sed hoc parum erat ad explendam latitudinem cordis ejus, » ajoute le chroniqueur.